réalité ou illusions perdues ?

27 août 2012

Analyse de la France avec sa politique économique face à son destin, par Brigitte Granville

Francois Hollande : Une vision erronée de l’économie Française

Brigitte Granville - project-syndicate.org, le 14 Août 2012

 

Londres – Depuis son élection Francois Hollande – le nouveau président de la France - a connu une série de succès politiques aussi bien en France qu’en Europe. Malheureusement la situation économique le rappellera bientôt a une réalité qui sera d’autant plus douloureuse qu’elle prendra les français par surprise et enverra aux oubliettes «la construction de l’Europe» telle qu’elle est vue par l’élite française.

Depuis sa victoire a la présidentielle, Hollande a non seulement gagné la majorité au parlement, il a aussi réussi à faire plier l’Allemagne sur la question de la responsabilité mutuelle des obligations des états de la zone euro. Ces succès n’empêchent pas le milieu des affaires d’être agité par un mauvais pressentiment de crise.

Le danger, que même les critiques les plus dures de Hollande semblent ignorer, ne réside pas tant dans les failles des politiques qu’il propose que dans son approche au double défi que pose les déséquilibres économiques français et la crise de la zone euro. Si Hollande avait la liberté de s’attaquer à ces deux domaines séparément, il pourrait avec un peu de chance s’en sortir, malheureusement pour lui leur juxtaposition voue inexorablement sa politique à l’échec renforçant la perte déjà aiguë de la compétitivité de la France.

Le meilleur indice de la compétitivité demeure les coûts unitaires de la main d’œuvre qui mesurent le coût moyen de main d’œuvre par unité de production. Le problème est que dans une union monétaire, si l’écart de la croissance des salaires se creusent par rapport aux gains de productivité – soient les coûts unitaires de la main d’œuvre – cela crée une accumulation chronique de déficit ou de surplus commerciaux.

Or, depuis l’introduction de l’euro, les coûts unitaires de main-d’œuvre se sont élevés beaucoup plus rapidement en France qu’en Allemagne. Selon les données publiées par Eurostat en avril 2011, le taux horaire en France était de 34,2€, par rapport à 30,1€ en Allemagne, un taux de presque 20% supérieur à la moyenne de la zone euro de 27,6€. Le déficit du compte courant de la France est maintenant à plus de 2% du PIB, dans un contexte de taux de croissance zéro.

Le coût élevé de l’emploi en France n’est pas tant le fait des salaires que celui des charges sociales imposées aux employeurs. La classe politique française s’est longtemps servie des cotisations sur la masse salariale pour financer les lourdes dépenses publiques, évitant ainsi de trop imposer les revenus et les dépenses des ménages, un expédient qui est en voie de disparition avec l’introduction de l’impôt de 75% sur les revenus supérieurs à 1 million d'€. Cette imposition de la main d’œuvre repose sur le raisonnement erroné que l’imposition des sociétés («le capital») épargne les gens ordinaires («les travailleurs») alors qu’en fait ces taxes touchant l’activité des entreprises sont immanquablement transférées aux ménages, par la hausse directe des prix et, aussi en France, par le biais d’un chômage élevé. De fortes charges sociales, conjuguées à une rigidité excessive du droit d’embauche et de licenciements freinent l’emploi ce qui se traduit depuis de nombreuses années par un taux de chômage élevé qui devrait atteindre 10,5 % d’ici 2013.

Nicolas Sarkozy, le prédécesseur du président actuel, a tenté d’adresser ce problème en défiscalisant les heures supplémentaires et en transférant une partie de cette charge fiscale sur la consommation par le biais de la hausse de la TVA – réformes que Francois Hollande s’est empressé d’annuler.

La révocation de ces allégements fiscaux ramène à une autre erreur de raisonnement chère à la classe politique socialiste – celle de la quantité fixe de travail, un attachement si profond qu’il a conduit à l’introduction en 2000 de la semaine des 35 heures. L’idée derrière cette réforme est que la demande de travail est une constante et que le montant fixe d’heures de travail totales nécessaires à la satisfaction de cette demande finale doit être équitablement partagé par la main d’œuvre permettant ainsi à plus de travailleurs de rentrer dans le monde du travail et ainsi de réduire le chômage.

Il est étonnant que ce soit dans le pays même où le concept d’entrepreneur est né qu’un tel syllogisme ait vu le jour, les socialistes français auraient-ils oublié leur leçon de physique du lycée sur les vases communicants? Lorsqu’un liquide homogène est verse dans un ensemble de récipients raccordés, le liquide se stabilise au même niveau pour tous les récipients, peu importe leur forme et leur volume. Générer plus de «liquide» – soit des emplois – ne peut se faire qu’en facilitant l’activité des entrepreneurs et non en semant sur leur route d’innombrables embuches par le biais de pressions fiscales et réglementaires qui n’ont pour résultat que d’inciter les entreprises à privilégier les investissements et l’embauche hors des frontières françaises.

L’approche graduelle et consensuelle de François Hollande symbolisée par la mise en place de commissions consultatives est louée par ses défenseurs comme la voie qui conduira selon eux au consensus nécessaire à l’adoption des réformes structurelles requises contrairement au style jugé trop agressif de Nicolas Sarkozy. Mais même en supposant qu’ils aient raison et que l’approche Hollande débouche sur les réformes nécessaires à la restauration de la compétitivité, la crise de la zone euro ne lui laissera que peu de temps pour vérifier si son approche est la bonne,

Une façon simple et efficace de gagner du temps serait d’abandonner l’euro et de ramener la compétitivité par une dévaluation de la monnaie nationale. Cet expédient, toutefois est incompatible avec l’attachement partagé par l’élite politique française dans son intégralité pour le «projet européen» un attachement lié à l’ambition de projeter l’influence et le pouvoir géopolitique de la France a travers le monde. Cette vision est la version contemporaine de ce que Charles de Gaulle appelait «une certaine idée de la France».

Pour la classe politique française, renoncer au projet européen pour gagner le temps nécessaire pour restaurer la compétitivité est aussi impensable que son alternative qui serait de créer une union politique européenne. Ce qui permettrait l’instauration d’une véritable banque centrale européenne à l’image de la Reserve Fédérale ou la Banque d’Angleterre, mais qui impliquerait l’abandon de la République en échange d’un état fédéral européen – l’antithèse même de cette «certaine idée de la France».

Un choc brutal résultera de cette combinaison du gradualisme du programme des réformes économiques (gradualisme d’ailleurs qui pourrait relever plus de l’inertie que d’un véritable programme) et de l’effet paralysant de la crise de la zone euro. Continuer dans l’union monétaire à côté de l’économie allemande qui est remarquablement plus compétitive nécessite d’entreprendre un programme de réformes économiques dramatiques. Malheureusement l’approche en douceur du président «normal» ne prépare pas les français pour un tel choc qui quand il se produira grandira encore les rangs des partis politiques radicaux rejetant l’Europe et l’économie de marché.

 


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