réalité ou illusions perdues ?

05 octobre 2012

"Les moissons du futur" documentaire de Marie-Monique Robin

« Les moissons du futur » : un nouveau documentaire de Marie-Monique Robin à la gloire de l’agroécologie

La France Agricole / Actualités

Publié le jeudi 20 septembre 2012 - 14h20

« Ce sont les pesticides et le modèle économique qu'ils incarnent qui affament le monde », assure Marie-Monique Robin, journaliste et réalisatrice pourfendeuse des lobbies agrochimiques. Après s'être attaquée à l'industrie des semences et des OGM dans le film « Le monde selon Monsanto » et avoir dénoncé les dangers des produits chimiques sur la chaîne alimentaire dans « Notre poison quotidien », elle consacre le dernier opus de sa trilogie – « Les moissons du futur » – aux bienfaits de l'agroécologie pour nourrir la planète.

Ce documentaire dresse tout d'abord un état des lieux alarmant des conséquences de la « révolution verte » de l'après-guerre, avec « l'usage généralisé des engrais chimiques et des pesticides, la réduction de la diversité végétale au profit de variétés à hauts rendements, le recours à l'irrigation... »

Mais contrairement aux deux précédents, ce film se veut moins polémique et « résolument optimiste », en proposant l'agroécologie comme voie de salut. C'est-à-dire une agriculture biologique « qui ne se résume pas à un cahier des charges » mais qui doit « incarner un projet de société », en alliant respect des ressources naturelles, préoccupations sociales, qualité et hauts rendements.

Marie-Monique Robin l'affirme : « Il est tout à fait possible de nourrir le monde sans pesticides ». Son enquête part du rapport publié en 2011 par Olivier de Schutter, rapporteur spécial des Nations unies, consacré au « potentiel de l'agroécologie pour faire reculer la faim et la pauvreté. »

Elle se poursuit aux quatre coins du monde, où des producteurs, des agronomes et des économistes viennent confirmer cette thèse en témoignant d'expériences agronomiques et économiques ayant fait leur preuve. Par exemple, l'association des cultures de maïs, d'haricots et de courges au Mexique (Milpa), la semence de soja au milieu de trèfle rouge et de seigle fraîchement coupé en Allemagne, la plantation « d'arbres fertilisants » au Malawi, ou encore l'alliance entre paysans et consommateurs au Japon (Teikei).

Au-delà de ces témoignages, on pourra regretter que la parole ne soit pas donnée aux tenants de l'agriculture conventionnelle, ou à ceux qui doutent que l'on puisse nourrir le monde avec le tout-bio. A moins de penser, comme l'auteure, que de telles positions relèvent uniquement de « la propagande des industries chimiques » ou du « lobbying de la FNSEA ». Preuve de la difficulté d'avoir un débat serein en la matière, à l'heure où le gouvernement prône une « troisième voie entre agriculture conventionnelle et biologique ».

Diffusion le 16 octobre 2012 sur Arte, suivie d'un débat en direct de trente minutes qui se poursuivra par un vidéo-chat sur arte.tv/lesmoissonsdufutur.

 

Les Moissons du futur - Comment on nourrit le monde ?

UN DOCUMENTAIRE DE MARIE-MONIQUE ROBIN

Après "Le monde selon Monsanto" et "Notre poison quotidien", Marie-Monique Robin enquête sur les méthodes de l'agroécologie aux quatre coins du globe. Un film plein d'espoir sur les solutions possibles à la crise alimentaire.

LE DOCUMENTAIRE

Comment nourrir les 9 milliards d'habitants annoncés en 2050 ? Une émission de télévision a convaincu Marie-Monique Robin de poursuivre ses investigations sur l'urgence de produire autrement. 

Président de l'Association nationale de l'industrie agro-alimentaire, Jean-René Buisson y affirmait qu'aucune alternative aux pesticides n'était possible et qu'une agriculture bio entraînerait une baisse de la production de 40 % pour une hausse des prix de 50 %. Rapporteur spécial pour le droit à l'alimentation des Nations unies, Olivier de Schutter, lui, prétend exactement le contraire. Qui croire ? Enquêtant aux quatre coins du globe, la journaliste a rencontré des paysans qui ont renoncé à ces insecticides et pesticides dont les coûts indirects colossaux — pollution, énergie et santé publique — ne sont jamais pris en compte.

SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE

Pluriculture au Mexique ou au Japon, agroforesterie au Malawi, méthode du push-pull au Kenya - des plantes repoussent herbes et insectes nuisibles au maïs, quand d'autres les attirent... Partout, des petits producteurs à la conscience aiguë témoignent des bénéfices vertueux de leur (re)conversion à l'agriculture biologique : lutte contre l'érosion, la pollution et les émissions de gaz à effet de serre, fertilisation des sols, mais aussi rendements nettement accrus au fil des années. Tous plaident et s'organisent pour l'autosuffisance et la souveraineté alimentaire, à travers des circuits courts, tandis que se dessine une nouvelle alliance entre producteurs et consommateurs. De leur côté, les experts insistent : l'agroécologie de demain devra mêler savoir-faire paysan et savantes innovations dans cette révolution nécessaire pour nourrir la planète. Un documentaire édifiant où la méthode Robin, mélange de rigueur journalistique et de candeur citoyenne, livre une fois encore une implacable démonstration. Avec d'encourageantes conclusions.

 

Du 1er au 3 février 2012, j’étais à Accra (Ghana) pour couvrir un événement exceptionnel : la rencontre entre des représentants de l'Association pour une Révolution verte en Afrique (Agra), financée par la Fondation Bill & Melinda Gates, et une cinquantaine de paysan(e)s du monde entier, tous défenseurs d'une agriculture familiale et agro-écologique.

Visant à orienter "la recherche agricole pour le développement de l’Afrique de l’Ouest", l’improbable dialogue était organisé par Michel Pimbert, un agronome qui travaille pour l’International Institute for Environment and Development (IIED), basé à Londres.

Présidée par Olivier de Schutter, rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation et Farah Karimi, directrice exécutive d’Oxfam, la réunion fut quelque peu mouvementée… 

L'Agra, cheval de Troie de l'agrobusiness en Afrique ?

« Mettons en marche une révolution verte africaine », déclare Kofi Annan le 5 juillet 2006 à Addis-Abeba. Un appel qui sonne comme un coup d'envoi pour les promoteurs d'une agriculture intensive sur le continent. Dès septembre 2006, les fondations Rockefeller et Bill & Melinda Gates répondent à l’appel, en levant 150 millions de dollars pour la création de l'Association pour une Révolution Verte en Afrique (Agra). Avec le généreux soutien du « milliardaire philanthrope », pour lequel la lutte contre la famine est devenu un engagement prioritaire, la fondation Rockefeller va ainsi pouvoir relancer le projet agricole dont elle était déjà le leader dans les années 1960.

L'AGRA et ses bailleurs de fonds jurent qu'ils veulent offrir à l'Afrique « sa propre révolution verte » en tirant les leçons des « erreurs du passé ». En effet, le concept de « révolution verte » est né au début des années 1960,  lorsque le vice-président américain Henry Wallace, fondateur du groupe semencier Pionner, décida d'exporter le modèle agricole intensif des Etats-Unis pour contrer les menaces de la « révolution rouge », alors en marche dans le Tiers-Monde. Wallace chargea la fondation Rockefeller de financer un programme de recherche au Mexique, qui deviendra en 1963 le Centre international d'amélioration du maïs et du blé (CIMMYT), pour développer des variétés améliorées à haut rendement, adaptées aux pays du Sud. Pilotée par Norman Borlaugh, considéré comme le « père de la révolution verte » (Prix Nobel de la Paix en 1970), l’exportation du modèle agro-industriel (semences, engrais et pesticides chimiques, techniques d’irrigation) débuta en Inde en 1965, puis s’étendit en Asie et en Amérique Latine, avec le soutien de la fondation Ford, bien placée pour fournir  les engins agricoles.

Quarante ans plus tard, le bilan reste mitigé puisque près d'un milliard de personnes continuent de souffrir de la faim, dont beaucoup de paysans… ou ex-paysans. Car ceux qui sont incapables d’investir dans ce modèle agricole très coûteux, pour conformer leurs pratiques et leurs terres aux modèles des laboratoires agronomiques, doivent se résigner à l’exode rural. Quant à l’environnement, la monoculture de quelques céréales (blé, maïs et riz) dopées par la chimie a entraîné l’appauvrissement des sols et la diminution des ressources en eau, ainsi que la disparition de milliers de variétés locales remplacées par les hybrides.

Et aujourd'hui, que promeut l'Agra ? L’usage de semences améliorées et  d’engrais chimiques, commercialisés par un réseau d'« agro-dealers » que l’organisation met en place sur tout le continent africain (voir vidéo). Certes, son président, Namanga Ngongi, un agronome qui fit carrière au Programme alimentaire mondial et cultive de… l’huile de palme au Cameroun,  assure que l’AGRA n’a rien à voir avec l’agrobusiness, mais il est permis d’en douter : en 2010, la Fondation Bill &  Melinda Gates, qui finance plus de la moitié du budget de l’AGRA (400 millions de dollars), a acheté 500 000 actions de Monsanto, pour un montant de 23,1 millions de dollars (voir l'infographie). D’où la crainte des organisations paysannes, mais aussi de nombreux observateurs : en Afrique,  la révolution risque d’être verte, comme les dollars. Tout le contraire, en tout cas, du modèle agro-écologique fondé sur l’agriculture familiale, les semences locales et l’usage rationnel des ressources naturelles.

Benjamin Sourice / M2R Films  

 

En juin 2011, j’étais au Mexique pour rendre compte des travaux d’Olivier de Schutter : le rapporteur de l’ONU pour le droit à l’alimentation, en visite officielle chez l’un des premiers producteurs agricoles au monde… cherchez l’erreur !

De fait, l'Accord de libre-échange nord américain (Alena), signé en 1994, a littéralement ravagé les campagnes mexicaines en ruinant les petits paysans, incapables de concurrencer les importations subventionnées de maïs américain (voir infographie). Contre ce "libre marché", qui dans sa logique porte la monoculture et le recours aux OGM, les organisations paysannes mexicaines se sont ralliées au cri de "Sin maíz, no hay país" (sans maïs, il n’y a pas de pays).

La milpa, l'agroécologie millénaire

Six mille ans… ! Cela fait six mille ans que les peuples mésoaméricains ont domestiqué le maïs à partir de son ancêtre sauvage, la téocinte. Leur travail ancestral de sélection, également appliqué à d’autres plantes vedettes comme le poivron ou le tournesol, fait de l'Amérique centrale l'un des berceaux de l'agriculture, qui se signale encore aujourd’hui à travers le paysage typique de la milpa.

La milpa ? Non, ce n’est pas un légume exotique, mais plutôt trois, un éco-système qui consiste à combiner étroitement trois cultures, le maïs, les haricots et les courges, associés comme les organes d’une même plante. Technique culturale millénaire, et nom donné aux champs ainsi plantés, la milpa est également un élément central dans l'organisation sociale des différentes communautés, unies par les échanges des meilleures semences entre paysans. Au-delà d’un système agroécologique des plus anciens et des plus efficaces, la milpa continue de véhiculer des connotations mystiques liées au culte du maïs, qui en font un pilier de la vie culturelle indienne.

De taille réduite - moins de deux hectares en moyenne - la milpa permet une utilisation optimale des ressources naturelles. Concrètement, le maïs nécessite une bonne irrigation et un fort apport en azote pour sa croissance. Or, l'azote est fixé naturellement dans le sol par les plants de haricots, qui de leur côté grimpent sur les tiges robustes du maïs pour se développer verticalement. L'espace horizontal, le sol, est occupé par les plants de courges, ou de citrouilles, qui offrent une couverture végétale idéale pour prévenir l'érosion, conserver l’humidité et capter les insectes. Certaines plantes naturelles aux feuilles comestibles nommées quelites, comme l'amarante (le pire ennemi du maïs en monoculture), sont également préservées pour servir d'aliment ou de fourrage.

La milpa est souvent associée à un jardin potager nommé solar, où les campesinos cultivent poivrons, pois, piment mais aussi herbes médicinales, cacao et café. Le système milpa-solar a été sélectionné pour intégrer la liste des Systèmes ingénieux du patrimoine agricole mondial (Sipam)  reconnus par la FAO (Food and Agriculture Organization). Dans le cadre de ce programme, l'organisation onusienne présente le système milpa-solar dans ces termes : "Les avantages principaux du système milpa-solar, comparé à la monoculture du maïs, sont une production diversifiée et riche de plantes alimentaires sur une petite surface, […] un meilleur état nutritionnel pour les membres de la famille, une meilleure fertilité des sols, […] une production soutenable et écologique permettant de préserver et d'augmenter la biodiversité." Un héritage que les paysans se refusent d'abandonner au nom du supposé progrès, qui en quelques décennies ne leur a apporté que ruine économique et déracinement culturel… Et voici la milpa élevée au rang d’emblème de la résistance face à la "nouvelle conquista" libérale.

Benjamin Sourice / M2R Films 

 

Au Sénégal, l’oignon est de tous les repas, notamment employé pour cuisiner le fameux yassa. Or, la production nationale a longtemps été menacée par les surplus européens dont les exportations subventionnées concurrençaient rudement l’oignon local. Cette situation a poussé les militants de la FONGS (Fédération des organisations non gouvernementales sénégalaises – une organisation paysanne) à multiplier les interventions pour réclamer la fin des importations.

En septembre 2002, le gouvernement créait une Agence de régulation des marchés (ARM), qui édictait en 2003 une première interdiction temporaire d’importer durant la saison de production. Depuis, le marché local de l'oignon a connu un saut économique phénoménal. Aujourd’hui, certains producteurs se posent la question de leur conversion vers la production biologique.

Horizon agroécologique pour l’Afrique

En 2007, les experts de la FAO (Food and Agriculture Organization, ONU) lançaient un pavé dans la marre avec le rapport Agriculture biologique et sécurité alimentaire en déclarant que "dans les pays en développement, l’intensification durable de la production agricole par le biais de pratiques biologiques permettrait d’accroître la production de 56%". Une analyse qui sera confirmée un an plus tard par le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) dans son rapport Agriculture biologique et sécurité alimentaire en Afrique (2008) qui compare les résultats agronomiques de milliers d'exploitations converties à l'agroécologie. 

Les experts du PNUE observent que, "à terme, les rendements augmentent et dépassent ceux des systèmes traditionnels avec des taux égalant ceux des systèmes conventionnels à forte intensité en intrants". En Afrique, ces expériences agroécologiques ont permis d'obtenir un doublement des rendements (+116% sur l'Afrique et +179% au Kenya). Un potentiel encourageant pour le continent qui compte quelque 2 millions d'hectares cultivés de façon "quasi biologiques", par 1,9 millions de paysans susceptibles d'adopter ces nouvelles techniques agroécologiques. 

Ces différents arguments font de l’écologie, non pas une contrainte supplémentaire qui viendrait contrarier les efforts nécessaires pour nourrir les populations africaines, mais une voie nouvelle et convaincante pour y parvenir. Et ce, tout en poursuivant d’autres objectifs également vitaux, d’ordre économique ou environnemental. La FAO constate notamment que l'agriculture biologique permet d'économiser "entre 33 et 56 % d'énergie par hectare", au profit d’exploitations ainsi moins vulnérables aux augmentations des prix pétroliers. Plus généralement, les experts jugent que les techniques agroécologiques offrent une alternative solide pour sécuriser à long terme tant les coûts de production que les revenus du travail, deux facteurs centraux dans la lutte contre la faim. Par ailleurs, les membres de la FAO rappellent que "les systèmes de production biologique contribuent également à atténuer les effets du changement climatique, en réduisant les émissions de gaz à effet de serre de 48 à 60%" tout en offrant une meilleure capacité d'adaptation aux aléas climatiques. 

En avril 2008, plus de 400 scientifiques réunis dans le cadre de l’IAASTD (International Assessment of Agricultural Knowledge, Science and Technology for Development) s'accordaient unanimement sur "la nécessité de définir, aux niveaux mondial et local, un nouveau paradigme de la sécurité alimentaire reposant sur les débouchés créés par l’agriculture biologique", capable selon eux de "produire suffisamment de nourriture pour nourrir le monde sans augmenter la superficie des surfaces cultivées".

À lire aussi :

L'action de la FONGS

Benjamin Sourice / M2R Films

 

Cette fois je me déplace en Allemagne, à quelques kilomètres de la frontière alsacienne, pour visiter la ferme biologique de Friedrich Wenz : 33 hectares en production céréalière. Ce qui motive mon déplacemen - et attise ma curiosité - c'est sa pratique des "techniques culturales simplifiées". Ses sols ne sont pas labourés, ne reçoivent aucun engrais chimique… et pourtant, ils donnent !

Friedrich a également recours à certains procédés enseignés par le philosophe Rudolf Steiner et ses émules : sous le nom de biodynamie, une approche originale de l’agriculture, qui y mêle des préceptes ésotériques et de mystérieuses considérations cosmiques (voir /fr/mysterieuse-biodynamie/6952838.html). Prenant à rebours les sceptiques de tout poil, cette méthode porte cependant ses fruits, et se diffuse dans le monde entier… c’est au champ que j’ai voulu voir le paysan !

Mystérieuse biodynamie

L'agriculture bio-dynamique n'a pas fini de fasciner par ses mystères, ni d'attiser les griefs des "matérialistes" auxquels voulait s'opposer Rudolf Steiner, le père fondateur de l'anthroposophie. Lancée en 1924 par le philosophe spiritualiste, lors d’une conférence adressée aux paysans en Pologne, la biodynamie se revendique d’une théorie intégrée de l'agriculture biologique, basée sur la compréhension et le respect des cycles naturels et planétaires.

Pour le Mouvement de l'agriculture biodynamique (MABD), il s'agit d'une pratique "assurant la santé du sol et des plantes pour procurer une alimentation saine aux animaux et aux hommes. Elle se base sur une profonde compréhension des lois du "vivant" acquise par une vision qualitative/globale de la nature". Après les enseignements de Steiner, c'est son disciple Ehrenfried Pfeiffer qui, dès la première moitié des années 1920, s'attache au développement des méthodes agronomiques de la biodynamie en Europe et aux États-Unis. En 1947, un autre pionnier, Alex Podolinsky, émigre en Australie, pays aux terres arides où il diffuse avec succès ses connaissances sur le renouvellement des sols. Aujourd'hui, le label international Demeter certifie le respect des règles biodynamiques, par près de 9 000 exploitations dans un peu plus de 40 pays. Dans la droite ligne des fondateurs, le cahier des charges de Demeter rappelle ainsi la nécessité de "renoncement à toute productivité disproportionnée qui romprait l’équilibre du domaine et nuirait à la santé et à la diversité de l’ensemble".

Dans la conception biodynamique, la ferme est un tout en équilibre, dont le paysan est le garant. Il doit en effet lui donner son identité, comme "organisme agricole intégrant la flore et la faune sauvages et reconstituant un paysage riche et diversifié". Pour Steiner, "une agriculture saine devrait pouvoir produire en elle-même tout ce dont elle a besoin", ce qui implique l'autosuffisance de l'exploitation avec une introduction minimale d'éléments extérieurs et le bannissement des intrants chimiques. Ces intrants sont remplacés par des "préparations biodynamiques" (voir la vidéo). La "bouse de corne", dite "préparation 500", est obtenue par la fermentation dans le sol, durant la période hivernale, de bouse introduite dans des cornes de vaches.

Les biodynamiciens lui reconnaissent de nombreuses vertus telles que "favoriser l'activité microbienne et la formation d'humus", "réguler le pH du sol" et "stimuler la germination des graines et la croissance générale du système racinaire". L'agriculteur utilise également la "silice de corne", dite "préparation 501", sur la partie aérienne des plantes. Cette "pulvérisation de lumière" régule la vigueur végétative, "favorise la pousse verticale des plantes" et "accroît la résistance de l’épiderme des feuilles et des fruits", selon Biodynamie Services. Il existe toute une série d’autres préparations (502 à 507) destinées à la réalisation de compost organique, un élément clé pour la vitalité des sols. Enfin, l'ensemble de ces décoctions est appliqué selon les règles strictes du calendrier cosmique basé sur le positionnement des astres, tenant compte de leurs supposées influences sur la Terre.

D'après une étude comparative menée en Nouvelle-Zélande et publiée dans le numéro 260 de Science, "les sols de la plupart des fermes biodynamiques présentaient des qualités biologiques et physiques supérieures : un taux sensiblement plus élevé de matière organique et d'activités microbiennes, et plus de vers de terre", entraînant "une meilleure structure du sol, une meilleure perméabilité et une couche arable plus épaisse". Comme l'explique Pierre Masson dans son article "De l’agrobiologie à la viticulture biodynamique", "si l’efficacité de la méthode semble bien démontrée, la source d’où est tiré l’ensemble des indications de départ n’est pas facilement compréhensible". En imbriquant dans une même théorie des considérations spirituelles, issues de la vision ésotérique du monde de Steiner, avec des prescriptions purement agronomiques, la biodynamie dérange les praticiens et les chercheurs les plus matérialistes. Il semblerait bien que la nature conserve quelques mystères que les scientifiques n'ont pas percés... 

Benjamin Sourice / M2R Films 

 

Le touriste curieux - sans doute venu pour visiter les fameuses réserves animalières - trouvera au Kenya la caricature du développement agricole selon le credo mondial-libéral.

En exploitant ses « avantages comparatifs » que sont le climat et le prix de la main d’œuvre, le pays est devenu leader sur le marché des fleurs coupées, exportées par avion frigorifique vers l’Union Européenne, dont elles dopent le commerce pour le plus grand profit des firmes détentrices des brevets sur les variétés en vogue. L’horticulture kenyane rejoint ainsi le thé et le café kenyans au palmarès des exportations agricoles, un secteur dominé par les vastes exploitations installées sur les meilleures terres, fortes consommatrices d’eau et d’intrants. Au même moment, la myriade des petits paysans peine à nourrir les populations locales – dont eux-mêmes au premier chef : le prétexte des conflits interethniques et des calamités climatiques cache mal les causes socio-économiques des émeutes et de la sous-alimentation. Pourtant, je ne suis pas au Kenya pour dénoncer mais pour illustrer une réussite méconnue : en quelques années, 50 000 paysans ont adopté le push pull (voir la vidéo), une technologie biologique de lutte contre les parasites du maïs, qui pour son malheur, ne rapporte pas un sou aux marchands de pesticides. 

Bio contre bio

« La toxicité des pesticides est élevée, envers les consommateurs des productions agricoles comme envers les agriculteurs eux-mêmes. » C'est avec ce constat simple, mais presque tabou, que l'Institut National de Recherche Agronomique (INRA) introduit la lutte biologique contre les parasites agricoles, une alternative prometteuse aux solutions chimiques. 

Cette lutte consiste à mettre en œuvre différentes stratégies pour limiter naturellement la présence de « bio-agresseurs », ou tout organisme parasite dans les cultures ou le sol. L'un des premiers succès de la lutte biologique fut enregistré à la fin du XIXe siècle, avec l'introduction d'une coccinelle australienne (rodolia cardinalis) en Californie pour éradiquer des cochenilles (icerya purchasi) qui infestaient les plantations d'agrumes. Un siècle plus tard, en 1973, l'Organisation Internationale de Lutte Biologique (OILB) définissait officiellement la pratique comme « l'utilisation d'organismes vivants (ou de produits dérivés d'organismes vivants) pour prévenir ou réduire les dégâts causés par des ravageurs. »

Il s'agit d'exploiter une relation naturelle (prédation, parasitisme, compétition) entre deux êtres vivants, dont l'un est « la cible » (insecte ravageur, végétal, micro-organisme) et l'autre un agent de lutte, ou « auxiliaire » capable de stopper l'expansion du bio-agresseur ciblé. L'agriculteur définit ensuite une stratégie d'introduction des « auxiliaires » dans ses champs : soit par acclimatation, soit par « lâchers inondatifs ou inoculatifs ». Dans le cas de l'acclimatation, il s'agit d'introduire durablement dans l'écosystème local, un auxiliaire qui sera capable de s'intégrer à « une niche écologique vacante » dans la chaîne de prédation du parasite cible. Dans le cas de lâchers inondatifs, comme leur nom l'indique, il s'agit de noyer la cible sous un déluge de prédateurs pour assurer une extermination massive et immédiate. Sur ce schéma, la station de l'Inra d'Antibes a mis au point une technique efficace faisant appel à une micro-guêpe, la Trichogramma, qui s'attaque aux œufs de la pyrale du maïs, un ennemi redoutable de cette culture. Aujourd'hui en France, plus de 70.000 hectares de maïs sont traités annuellement en lutte biologique. Cependant, bien qu'extrêmement efficace et naturel, ce traitement est temporaire et tout aussi coûteux que les solutions chimiques.

Depuis quelques années, une nouvelle stratégie issue de travaux en agroécologie se dessine : la lutte biologique par gestion des habitats. Il s'agit de protéger et d'aménager sur le domaine agricole des espaces naturels (haies, arbres, bandes fleuries, marres...) capables d'héberger tout un cortège de vertébrés (oiseaux, chauve-souris, reptiles) et d’invertébrés (insectes, arachnides, lombrics, etc..) pour leur redonner une place dans l’agrosystème cultivé (Dupraz, 2005). Par exemple, des expériences ont été menées sur l'aménagement de bandes fleuries en marge des champs de blé pour attirer à nouveau des syrphes adultes dont les larves sont de redoutables consommatrices de pucerons des céréales (Sarthou et al, 2004) (voir aussi la vidéo sur le push-pull). 

Comme le rappelle Christian Dupraz, chercheur à l'Inra : « L’idée que les systèmes de culture ne se réduisent pas au cœur des parcelles cultivées fait son chemin. Plusieurs travaux récents montrent l’importance de raisonner l’espace rural comme un continuum, comme un lieu d’échanges entre les diverses occupations du territoire. » Nos campagnes, empoisonnées par les pesticides et défigurées par l'arrachage des haies et des arbres champêtres, menaçaient de se transformer en un désert vert, vide de biodiversité, mais l'agroécologie ouvre désormais une voie nouvelle pour s'en échapper. Voilà que le regard change sur les « petites bêtes », et au passage, l’homme accepte tout bonnement de relâcher son étreinte sur les processus naturels, même quand il s’agit de se nourrir. 

Benjamin Sourice / M2R Films

 

Les Moissons du Futur (film)

 

 


Commentaires

    commentaire

    un bon blog !!
    bonne continuation !!

    Posté par les mutuelles, 03 janvier 2013 à 17:15
  • educational

    Exactly what a fantastic blog. I have found this website extremely intriguing due to the fact We've got essentially the most study info
    Qassim University

    Posté par pinks, 17 décembre 2013 à 12:52

Poster un commentaire