réalité ou illusions perdues ?

24 mai 2012

Gaz de schiste, est-ce une énergie rentable ?

Le gaz de schiste, vu de la Russie

 

Par Dmitry Orlov
8 mai 2012

Dmitry Orlov est né à Leningrad et a immigré aux États-Unis à l'âge de douze ans. Il a été témoin de l'effondrement soviétique lors de plusieurs visites prolongées sur sa terre natale russe entre la fin des années 1980 et le milieu des années 1990. Il est ingénieur et a contribué à des champs aussi variés que la physique des hautes énergies et la sécurité informatique. Récemment Dmitry s'est mis a expérimenter un mode de vie autonome et l'usage des énergies renouvelables en abandonnant sa maison et sa voiture. À leur place, il vit sur un voilier, naviguant le long de la côte est, et va au travail en bicyclette. Dmitry croit que, avec une technologie appropriée, nous pouvons grandement réduire notre consommation personnelle de ressources tout en restant parfaitement civilisés.

La version officielle sur le gaz de schiste est tournée un peu comme ceci : des percées technologiques récentes réalisées par des compagnies d'énergie américaines ont rendu possible l'exploitation d'une source abondante mais auparavant inaccessible de gaz naturel, propre et écologique. Cela a permis aux États-Unis de devenir le premier producteur mondial de gaz naturel, surpassant la Russie, et s'apprêtant à mettre fin au monopole du gaz naturel russe en Europe. De plus, ce nouveau gaz de schiste se trouve dans de nombreux endroits du monde, et permettra, en temps et en heure, à la majorité des pays du monde de prendre leur indépendance vis-à-vis des producteurs traditionnels de gaz naturel. Par conséquent, la capacité de ces pays avec les plus grandes réserves de gaz naturel — la Russie et l'Iran — de contrôler le marché du gaz sera réduite, ainsi que l'ensemble de leur influence géopolitique.

Si c'était le cas, on devrait s'attendre à ce que le Kremlin, ainsi que Gazprom (1), tremblent dans leurs bottes. Mais le font-ils ? Voici ce que le directeur de Gazprom, Alexeï Miller, à récemment déclaré au Süddeutsche Zeitung : Le gaz de schiste est une campagne de communication mondiale bien organisée. Il y en a plusieurs autres : le réchauffement climatique, les biocarburants. Il a souligné que la technologie de production du gaz de schiste date de plusieurs décennies, et a suggéré que les États-Unis se tournaient vers celle-ci par désespoir. Il l'exclut comme alternative énergétique pour l'Europe. Est-ce juste la propagande de l'autre bord, ou Miller expose-t-il simplement l'évidence ? Explorons cela. Je baserai mon exploration sur des sources russes, c'est pourquoi tous les chiffres sont en unités métriques. (Si vous voulez convertir en unités impériales (2), 1 m3 = 35 pieds cubiques, 1 km2 = 0,38 miles carrés, 1 t = 1,1 tonnes courtes.)

Le bassin de gaz de schiste le mieux développé est Barnett, au Texas, responsable de 70 % de tout le gaz de schiste produit jusqu'à présent. Par développé j'entends foré, foré et foré, et puis foré encore un peu plus : en 2006 seulement il y avait à peu près autant de puits forés dans le schiste de Barnett qu'il y en a en production dans toute la Russie. Cela parce qu'un puits moyen à Barnett produit environ 6,35 millions de mètres cubes de gaz, durant sa vie entière, ce qui correspond à la production moyenne mensuelle d'un puits russe typique qui continue de produire sur une période de quinze à vingt ans, ce qui signifie que la production d'un puits de gaz de schiste typique à Barnett est au moins deux cent fois plus petite. Cette activité frénétique ne peut s'arrêter une fois qu'un puits a été foré : afin de continuer à produire même ces maigres quantités les puits doivent être fréquemment sujets à une fracturation hydraulique ou fracking. Pour produire chaque millier de mètres cubes de gaz, cent kilogrammes de sable et deux tonnes d'eau, combinés avec un cocktail chimique breveté, doivent être pompés dans le puits à haute pression. La moitié de l'eau remonte et doit être traitée pour en retirer les produits chimiques. Les besoins en fracturation dans le bassin de Barnett tournent autour de 7,1 millions de tonnes de sable et 47,2 millions de tonnes d'eau, mais les vrais chiffres sont probablement plus bas, puisque de nombreux puits passent leur temps arrêtés.

Malgré l'activité frénétique de forage et de fracturation, tout cela n'est que de la petite bière selon les standards russes. Les réserves prouvées de gaz naturel de la Russie s'élèvent à 43 300 milliards de mètres cubes, ce qui représente à environ un tiers du total mondial. Au rythme de consommation actuel, c'est assez pour durer soixante-douze ans. La production de gaz russe est contrainte par la demande, non par l'offre ; elle est basse en ce moment simplement parce que la zone euro est en pleine crise économique. Pendant ce temps, la production américaine s'est envolée, pour aucune raison adéquatement explorée, écrasant les prix et en rendant une grande partie non rentable.

Comparons : les prix de Gazprom à la tête de puits vont de 3 à 50 dollars par millier de mètres cubes, selon la région. Comparez cela au gaz de schiste aux États-Unis, qui va de 80 à 320 dollars par millier de mètres cubes. À ce prix, les États-Unis ne peuvent se permettre de vendre du gaz de schiste sur le marché européen. De plus, le volume global de gaz de schiste produit aux États-Unis, même compte tenu du rythme de forage fiévreux de ces deux dernières années, nettoyé, liquéfié et expédié en Europe dans des navires méthaniers, ne serait par suffisant pour occuper seulement le terminal méthanier de Gdańsk, en Pologne, qui est actuellement à l'arrêt. Il semble que Gazprom ait peu à s'inquiéter.

Les États-Unis, de l'autre côté, ont beaucoup à s'inquiéter. On parle déjà beaucoup de la pollution des nappes phréatiques et d'autres formes de destruction environnementale qui accompagnent la production de gaz de schiste, donc je ne l'aborderai pas ici. À la place, je vais me focaliser sur deux aspects qui sont tout aussi importants mais n'ont pratiquement pas reçu d'attention.

Premièrement, qu'est-ce que le gaz de schiste ? Posez cette question, et l'on vous dira : Taisez-vous, c'est du méthane. Mais en est-ce vraiment ? La composition du gaz de schiste a quelque chose d'un secret d'État aux États-Unis, mais l'information sur le gaz produit par les neuf projets de test polonais a fuité, et elle n'est pas jolie : le gaz de schiste polonais s'est avéré contenir tant d'azote qu'il ne brûle même pas. De la technologie existe pour nettoyer du gaz composé de, disons, 6 % d'azote, mais le gaz de schiste polonais est plus proche de 50 % et, étant donné les coûts de production élevés, les rendements faibles, l'épuisement rapide et la pression basse à la tête de puits, le nettoyer pour le porter aux spécifications (1 % d'azote) résulterait très certainement en une perte nette d'énergie.

Même si le gaz de schiste contient assez peu d'azote pour brûler, les difficultés ne s'arrêtent pas là. Il peut aussi contenir du sulfure d'hydrogène, qui est toxique et corrosif et doit être retiré avant que le gaz puisse être emmagasiné ou injecté dans un pipeline. Il contient probablement du toluène et d'autres solvants organiques — les ingrédients des cocktails de fracturation — qui sont cancérogènes. Enfin, il peut être radioactif. Toutes les argiles sont modérément radioactives, et le schiste est une sorte d'argile chauffée. Alors que le schiste de Barnett n'est pas particulièrement radioactif, le schiste de Marcellus, qui a récemment été le centre d'une activité de forage frénétique, l'est. Grâce au gaz de schiste de Marcellus, le gaz radon radioactif est livré directement dans votre cuisine, par les brûleurs de votre gazinière, ou aux cheminées de la centrale électrique à contrevent de là où vous vivez. On s'attend à ce que cela résulte en une augmentation des taux de cancer du poumon dans les années qui viennent.

Deuxièmement, pourquoi produit-on du gaz de schiste ? Le prix du gaz naturel a chuté, et il se trouve actuellement à environ 2 dollars par millier de pieds cubes. Cela revient à environ 70 dollars par millier de mètres cubes. Si le gaz de schiste coûte de 80 à 320 dollars par millier de mètres cubes à produire, on ne voit pas clairement comment on pourrait faire de l'argent avec.

Mais peut-être que faire de l'argent avec n'est pas le but. Et si le gaz de schiste n'était qu'une campagne de communication (avec d'horribles effets secondaires environnementaux) ? En revenant sur ce qu'Alexeï Miller disait : et si tout le but de l'exercice était d'accroître la capitalisation des compagnies d'exploration et de production de gaz de schiste ? La compagnie numéro un dans le gaz de schiste est Chesapeake Energy, le propriétaire du bassin de Barnett et un acteur majeur dans le bassin de Marcellus. Cette compagnie a presque fait faillite en 2009, mais s'est débrouillée pour redevenir profitable en 2010 et en 2011 en forant, forant et forant, et puis en forant encore un peu plus. Soixante pour cent de leur chiffre d'affaire provient des opérations de forage. Et maintenant il y a un scandale impliquant le directeur (ou ex-directeur ?) de Chesapeake Energy, Aubrey K. McClendon, qui s'est apparemment gratifié d'une participation dans chaque puits que sa compagnie forait, s'en est servi en garantie de milliards empruntés, et a utilisé les prêts pour parier que le prix du gaz naturel allait augmenter (ce qu'il n'a pas fait). Pendant ce temps, le nombre de forages de gaz naturel est tombé au plus bas depuis dix ans. Compte tenu de ce que les puits de gaz de schiste s'épuisent très rapidement, il semble que l'expansion du gaz de schiste soit terminée.

Mais maintenant que c'est fini, qu'était-ce exactement ? Il semble que cela ait été quelque chose comme la bulle de l'internet (3) : des compagnies sans moyen concevable de rapporter un bénéfice, utilisant le battage pour attirer les investissements et faire grimper leur valorisation. Depuis 2008, diverses sortes de manipulations du marché basées sur le battage médiatique sont devenues la base de la vie économique aux États-Unis, et donc cela n'a rien de nouveau ni de différent.

Une question intéressante est : quelle sorte de bulle les États-Unis vont-ils tenter de souffler la prochaine fois, s'il y a une prochaine fois ? Il y a la prochaine introduction en bourse de Facebook (4). Facebook est un énorme gaspillage de temps et, en tant que tel, semble un peu sur-apprécié. Allons nous tenter de souffler une autre bulle de l'internet ? Un autre tour de prêts hypothécaires à risque ne semble pas en préparation. Que doit faire un garçon bulleur ? S'il n'y a plus de bulles à souffler, alors on en revient à la simple impression de monnaie.

Donc, tout ce truc de gaz de schiste n'a pas fonctionné comme prévu, n'est-ce pas ? Mais aurait-il pu ? S'il s'était avéré bien meilleur sous tous les angles, aurait-il pu rééquilibrer l'influence géopolitique de la Russie et de l'Iran vers les États-Unis ? Hélas, non.

Voyez-vous, il n'y a pas de marché mondial du gaz naturel. Oui, il y a quelques méthaniers qui naviguent, mais c'est surtout un commerce de porte à porte. Il y a un marché nord-américain fermé, un marché européen, et un autre marché dans la région Asie-Pacifique. Ces marchés n'interagissent pas. Le marché nord-américain et le marché européen auraient pu potentiellement partager un seul producteur : le Qatar. Le Qatar voulait autrefois exporter du gaz naturel liquéfié vers les États-Unis, mais a ensuite décidé de l'exporter plutôt vers l'Europe, générant moins de perte, parce que les prix du gaz européens sont substantiellement plus élevés. Et la raison pour laquelle le Qatar déverse son gaz en Europe est qu'il a du gaz à se débarrasser : son champ gazier du nord est un champ très humide, avec un pourcentage substantiel de condensat de gaz naturel. Le quota OPEP (5) du Qatar est de 36-37 millions de tonnes de pétrole par an, mais le condensat de gaz naturel n'est pas considéré comme du pétrole et n'est pas couvert par les quotas de l'OPEP. Exploiter la lacune sur le condensat permet au Qatar d'exporter 65,7 millions de tonnes : 77 % au dessus du quota. Le gaz naturel liquéfié n'est qu'une production concomitante, et le Qatar peut se permettre de l'exporter vers l'Europe avec perte. C'est une anecdote savoureuse, mais vraiment en note de bas de page, une exception qui prouve le cas général : il n'y a pas de marché mondial du gaz naturel.

Il y a toujours, cependant, un marché globale de la désinformation américaine et de la communication de battage. Vue de la Russie, ce dont il s'agissait était très clair depuis le début : de la propagande américaine et des magouilles financières. Rien à voir ici, Messieurs-dames, circulez.

 

Traduit et reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur. Les notes sont du traducteur.

 

Notes :
1. La société russe Gazprom (Gazovaïa Promychlennost) est le premier producteur de gaz naturel du monde.
2. Dmitry écrit principalement pour un lectorat américain qui, au quotidien, compte toujours en unités anglo-saxonnes : feet, gallons, miles, etc.
3. Dans le texte : dot-com bubble, la brève période d'intense spéculation boursière engendrée par le développement de l'internet, aux alentours de l'an 2000.
4. Facebook est le plus connu des réseaux sociaux, une variété de sites que l'on peut assimiler à des sous-ensembles de l'internet où les informations sont échangées entre des utilisateurs ayant préalablement établie une relation explicite. Cela sert généralement à partager des photographies approximatives, des blagues plus ou moins drôles, des rumeurs extravagantes et des liens rarement suivis vers d'excellents textes tels que celui-ci.
5. L'Organisation des pays exportateurs de pétrole regroupe actuellement une douzaine de pays, la moitié au Moyen-Orient, deux en Amérique du Sud et le reste en Afrique.


En France :

Le ministère de l’écologie choisit la fracturation hydraulique

Le 22 mars 2012 par Geneviève De Lacour dans « Le journal de l’environnement  

La fracturation à l'eau est presque la seule technique utilisée dans le monde

Après avoir créé la commission nationale sur les gaz de schiste, le gouvernement a publié, jeudi 22 mars, son rapport complémentaire passant en revue l’ensemble des techniques d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures non conventionnels. Sans surprise, il préconise l’emploi de la fracturation hydraulique.

La «Commission nationale d'orientation, de suivi et d'évaluation des techniques d'exploration et d'exploitation des hydrocarbures liquides et gazeux» a été officiellement créée par décret jeudi 22 mars, soulevant un tollé parmi les ONG écologistes. Sa mission est d'évaluer les risques environnementaux liés aux techniques de fracturation hydraulique ou aux techniques alternatives, précise le décret.

Cette commission a été prévue par la loi du 13 juillet 2011 par laquelle la France interdit d'explorer et d'exploiter les gaz et huiles de schiste par la technique de la fracturation hydraulique.
Elle sera composée de 21 membres titulaires, dont cinq représentants de l'Etat, un député et un sénateur, trois représentants des collectivités locales - un représentant de l’association des maires de France, un des conseils généraux et un des conseils régionaux - et douze membres nommés par les ministères des mines, de l’industrie, de l’énergie et de l’écologie incluant trois représentants d'associations «agréées pour la protection de l’environnement», trois des entreprises des secteurs gazier et pétrolier, trois représentants des personnels de ces industries et trois personnalités scientifiques. Des membres qui seront nommés pour trois ans mais pas avant les prochaines échéances électorales, selon les sources du JDLE. Ils devraient se réunir au moins deux fois par an et exerceront leurs fonctions à titre gratuit, selon le décret.
Une dizaine d'ONG, du réseau Sortir du Nucléaire à ATTAC en passant par Greenpeace, les Amis de la Terre et France Libertés entre autres, ont dénoncé aujourd’hui «l'hypocrisie du gouvernement qui contourne en douce une interdiction mise en scène à travers la loi». Les écologistes mettent en doute la nécessité d'une évaluation par une telle commission alors que tant d'études scientifiques indépendantes démontrent de manière certaine la dangerosité de la fracturation hydraulique. Ils s'interrogent également sur l'équilibre des forces au sein du nouvel organe où ne siégeront que trois représentants d'associations de protection de l'environnement et dont les personnalités scientifiques seront choisies par le gouvernement.
Très attendu, le  HYPERLINK "http://www.economie.gouv.fr/gaz-schiste-rapport-mission-interministerielle" \t "_blank" rapport complémentaire de la mission interministérielle lancée le 4 février 2011 et prolongée en août dernier, a été publié aujourd’hui par les ministères de l’écologie et de l’énergie. Il porte sur les enjeux économiques, sociaux et environnementaux des gaz et huiles de schiste. Une mission complétée pour passer en revue l’ensemble des techniques disponibles, évaluer leur efficacité, mieux qualifier le potentiel économique que pourrait générer l’exploitation, en France, des gaz et huiles de schiste et proposer un cadre organisationnel et juridique des expérimentations des différentes techniques d’exploration et exploitation.
En introduction, les rapporteurs jugent «qu’il serait dommageable, pour l’économie nationale et pour l’emploi, que notre pays aille jusqu’à s’interdire, sans pour autant préjuger des suites qu’il entend y donner, de disposer d’une évaluation approfondie de la richesse potentielle. Accepter de rester dans l’ignorance d’un éventuel potentiel ne serait cohérent ni avec les objectifs de la loi POPE (loi de programmation fixant les orientations de la politique énergétique), ni avec le principe de précaution. Mais, pour ce faire, il est indispensable de réaliser des travaux de recherche et des tests d’exploration».
La mission explore d’abord les technologies alternatives à la fracturation hydraulique. Elle remarque que dans ses échanges avec des experts industriels étrangers ou avec les autorités administratives polonaises, aucun interlocuteur n’a évoqué l’utilisation dans un futur proche d’autres technologies que la fracturation hydraulique. «L’essentiel des travaux portent sur l’amélioration de la technologie – réduction de la consommation d’eau, additifs, empreinte au sol, bruit, etc. – plutôt que sur d’éventuelles technologies alternatives.»
La mission insiste donc sur l’importance de la qualité des forages, de leur cimentation et de leur tubage. Les rapporteurs évoquent le monitoring microsismique, la réduction de la consommation d’eau, le contrôle des fuites de méthane ou la réduction des additifs comme des éléments importants dans la qualité des forages, avant de faire l’effort de passer en revue les techniques alternatives…
Comme la fracturation hydraulique au propane par exemple. Technique, dont les avantages sont nombreux : pas d’eau nécessaire, absence de remontées de polluants (hormis du radon), et des «temps de clean-up du forage réduits». Mais elle possède un désavantage majeur : l’inflammabilité du propane ! Si plus de 1.000 forages ont utilisé cette technique à ce jour, «les problèmes de sûreté des installations de surface empêchent d’envisager une diffusion significative de la technique à l’échelle internationale», note le rapport.
Quant à l’électro-fracturation, la technique est utilisée pour améliorer la perméabilité de la roche en envoyant un train d’ondes acoustiques générées par une série de décharges électriques. Total a déposé, en mars 2011, deux brevets relatifs à cette technique qui reste donc «au stade de la R&D» selon les services ministériels. La mission évoque la question de la source d’énergie qui peut être un handicap dans certaines régions.
Avec un million de puits forés et 2 millions de fracturation hydrauliques menées, les Etats-Unis possèdent «une expérience accumulée significative ». Le rapport relève deux cas de séismes aux Etats-Unis : un d’une magnitude de 2,8 en janvier 2011 dans l’Oklahoma et un autre de magnitude 4 en janvier 2012 dans l’Ohio. « La sismicité induite reste une question qu’il fait examiner a priori.» 

Deux phénomènes sont alors évoqués par la mission : la fracturation hydraulique elle-même et la réinjection importante des eaux remontées à la surface après fracturation.
En conclusion des techniques, la mission estime que seule une combinaison innovante de techniques déjà éprouvées dans les forages conventionnels permet de rendre la production de gaz et huile de schiste rentable. «Aucune technologie alternative n’est soit mature, soit adaptée à ce type de production».
En ce qui concerne les réserves françaises en hydrocarbures non conventionnels, la mission estime qu’il faut se donner «les moyens de disposer rapidement d’une évaluation de la réserve basée sur des forages in situ pour mieux apprécier la géologie des bassins». Les différents bassins français sont très variés de par leur géologie mais aussi leurs enjeux environnementaux. Pour les gaz de schiste, situées dans des zones moins explorées, avec des géologies plus tourmentées, l’acquisition des connaissances est plus complexe, précisent les rapporteurs. Pour les huiles de schiste du Bassin parisien, les connaissances de la ressource semblent être plus précises mais la mission mentionne que des forages vont être réalisés dans les prochains mois.
Les rapporteurs proposent d’utiliser éventuellement l’eau non potable du Dogger dans le bassin parisien pour la fracturation hydraulique.
Dans le sud de la France, une étude hydrogéologique est envisagée, focalisée sur un bilan ressource versus utilisation, vulnérabilité.
Les premiers travaux dépassant le cadre bibliographique porteraient sur un recueil de données physiques du sous-sol par le biais de carottages et de mesures sur des puits selon des méthodes conventionnelles. La mission envisage de les débuter à partir du second semestre 2012.
La France, centre de formation pour experts en gaz de schiste ? La mission envisage la mutualisation des moyens au niveau européen, pour construire «un socle d’experts européens puisque la France dispose d’une compétence reconnue.» Et la mission d’ajouter : «Il y a au niveau des administrations chargées du contrôle des opérations de terrain un besoin de compétences.» Les Polonais vont semble-t-il suivre des stages aux Etats-Unis.
Enfin, la possibilité de mettre en place un partenariat entre la France et la Pologne pour faire progresser la connaissance en Europe est clairement présentée en conclusion du rapport.
«Ne pas aller trop vite ni trop lentement ». Les prochains mois seront donc décisifs pour faire progresser la sécurité et adapter les réglementations notent les rapporteurs.

 

Dernièrement :

La France interdit l'extraction des gaz de schiste

Christian Rioux   12 mai 2011  Europe 

Paris — Après une nuit de discussions houleuses, l'Assemblée nationale française a adopté hier un projet de loi interdisant l'extraction des gaz de schiste sur tout le territoire français. Les députés favorables à la loi l'ont emporté par 287 voix contre 186. Le texte bannit plus précisément l'extraction par fracturation hydraulique, un procédé qui consiste à injecter de l'eau et des produits chimiques dans le sol pour fracturer la roche. Comme cette technique est la seule connue à ce jour, la loi française devrait donc avoir pour conséquence d'empêcher l'exploitation des gaz de schiste partout, à moins qu'une nouvelle technique plus propre soit découverte. Là-dessus, tous les partis s'entendent. 

Les dissensions sont plutôt venues de la nouvelle formulation de l'article 2 proposée par la majorité (UMP). Écologistes et socialistes auraient souhaité, comme le proposait la version initiale du projet de loi, que l'on abroge purement et simplement les permis d'exploration qui avaient été discrètement attribués au printemps dernier. Le texte adopté hier accorde deux mois aux titulaires de permis pour qu'ils déclarent la technique d'extraction qu'ils utilisent. S'ils recourent à la fracturation hydraulique ou s'ils ne se manifestent pas, leur permis sera annulé.

Selon le porte-parole socialiste Jean-Marc Ayrault, la nouvelle formulation est parsemée «d'ambiguïtés» et pourrait permettre aux titulaires de permis de «passer entre les mailles du filet». Le député vert Yves Cochet parle d'une «reculade». «Si cette loi scélérate est votée, les gens vont se révolter», dit-il.

Depuis deux jours, des centaines de militants ont fait le pied de grue devant l'Assemblée nationale. Plusieurs personnalités leur ont prêté main-forte, comme les écologistes José Bové et Nicolas Hulot, ainsi que Danielle Mitterrand, épouse de l'ancien président élu pour la première fois il y a justement 30 ans.

Éviter les poursuites

Selon la majorité, la nouvelle formulation de l'article 2 permettra d'abroger les permis et vise surtout à éviter les poursuites en dommages et intérêts qui pourraient s'abattre sur le gouvernement. L'ancien ministre Jean-Louis Borloo et l'actuelle ministre de l'Environnement, Nathalie Kosciusko-Morizet, ont qualifié d'«erreur» les permis accordés en 2010 sans souci de l'environnement. Il s'agit d'«éviter de prêter flanc à des demandes financières qui n'ont pas de raison d'être, mais qui pourraient suivre une rédaction peu sûre», a déclaré la ministre.

«On demande aux entreprises d'envoyer une belle lettre au ministère de l'Énergie en lui disant quelles vont être les techniques employées, a répondu le député européen José Bové. S'ils n'emploient pas le mot "fracturation hydraulique", leurs permis vont continuer. Là, on essaie de nous faire un enfant dans le dos. Aujourd'hui, il n'y a pas d'alternative possible à l'abrogation des permis.»

Selon Serge Grouard, député-maire UMP d'Orléans, une abrogation pure et simple des permis entraînerait des poursuites judiciaires. Elle pourrait même être l'objet d'un recours devant le Conseil constitutionnel, car aucune loi française ne peut être rétroactive.

Il y a six mois à peine, pratiquement personne en France n'avait encore entendu parler des gaz de schiste. Les premières manifestations organisées en janvier ont rapidement attiré l'attention des médias. À un an des présidentielles et après des élections cantonales catastrophiques pour la droite, les députés de tous les partis n'ont pas tardé à se mobiliser. Le projet de loi doit être à nouveau examiné au Sénat le 1er juin, mais l'interdiction de l'extraction par fracturation hydraulique semble acquise. Si certains permis passaient entre les mailles de la loi, les socialistes ont prévenu qu'ils déposeraient un nouveau projet de loi dans quelques mois afin de les abroger.


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