réalité ou illusions perdues ?

03 mars 2012

Gestion alternative - Les lois des matières premières

Les lois des matières premières

 

Le Temps.ch - Jeremy Baker - Lundi 20 février 2012

Les placements en matières premières doivent permettre aux investisseurs de mieux répartir leur risque

Les placements en matières premières doivent permettre aux investisseurs de mieux répartir leur risque. Un avantage fondamental des marchés des matières premières est qu’ils évoluent rarement au même rythme que les marchés financiers: les fluctuations de ces deux classes d’investissements reposent sur des conditions trop différentes – l’évaluation des actions et les attentes de bénéfices pour l’une, les gisements de matières premières et la disponibilité des ressources pour l’autre. Il est vrai qu’une corrélation plus importante entre les matières premières et les actions a été observée ces dernières années. Par conséquent, d’aucuns remettent en question la fonction de couverture des investissements en matières premières.

Ce scepticisme est toutefois injustifié. Les matières premières continuent d’avoir un effet positif sur les portefeuilles d’investissement. Pour étayer cette thèse, nous avons analysé la corrélation entre le S&P 500 et le S&P GSCI depuis 1975. Si les matières premières et les actions ont effectivement connu une ­évolution similaire durant une longue période, de 1980 à 1986 et de 2009 jusqu’à aujourd’hui, le reste du temps l’évolution ne montre guère de similitudes, voire est antagoniste.

Certains observateurs attribuent la corrélation élevée à l’afflux de capitaux investis à court terme dans des matières premières. Cet argument ne résiste toutefois pas à une observation plus poussée car les investisseurs se sont intéressés aux matières premières dès 2002 et surtout entre 2004 et 2008. Hormis une courte période statistiquement significative en 2003, la corrélation fut faible pendant la période mentionnée ci-dessus. Si ces flux de fonds expliquaient à eux seuls la corrélation, ils auraient également dû se manifester entre 1980 et 1986. Ce ne fut pas le cas.

Nous pensons que la corrélation s’explique plutôt par les mouvements de l’économie. Lors d’un cycle conjoncturel, les capacités de production, donc l’exploitation des capacités, fluctuent. Il convient ici de distinguer trois phases: en phase de récession, le chômage augmente, des usines doivent fermer et l’exploitation des capacités baisse. Il en résulte une sous-exploitation des capacités économiques. Lors d’une reprise économique, les ouvriers sont à nouveau engagés et les usines reprennent leur activité. Les capacités à disposition tendent de nouveau à être entièrement exploitées tandis que l’inflation reste sous contrôle. Lors de la dernière phase, les capacités excédentaires se contractent, l’économie fonctionne presque à plein régime. Les matières premières comme l’acier, le cuivre et l’aluminium subissent des pénuries. Il en résulte une pression inflationniste.

La corrélation la plus faible entre les matières premières et les actions peut être observée lorsque l’exploitation des capacités de l’économie mondiale est élevée, c’est-à-dire lorsque le cycle conjoncturel a atteint son zénith, et que les matières premières sont rares et, par conséquent, chères. Dans un tel contexte, les entreprises ont du mal à répercuter sur les clients la hausse des coûts des produits semi-finis. La rentabilité et les marges bénéficiaires nettes des entreprises reculent tandis que les valorisations des actions baissent.

A l’inverse, la corrélation est la plus élevée lorsque les capacités de l’économie mondiale sont sous-exploitées ou lorsqu’il y a une récession.
Dans une telle phase, l’augmentation de la demande se traduit par une hausse des prix des matières premières qui stimule également les marchés des actions. Les deux classes d’investissements suivent alors ten­danciellement une évolution parallèle.

A l’heure actuelle, nous nous trouvons dans une longue phase de corrélation élevée – la première depuis les années 1980. Nous sommes cependant persuadés que le marché va de nouveau se normaliser. Aussi, les avantages traditionnels liés aux matières premières joueront-ils de nouveau un rôle de premier plan.


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