réalité ou illusions perdues ?

15 novembre 2011

GEAB N°59 du 15 novembre 2011

Sommaire :

Nous arrivons vers la fin du second semestre 2011 et 15.000 milliards d'actifs-fantômes se sont bien envolés en fumée depuis Juillet dernier comme anticipé par LEAP/E2020 (GEAB N°56 ). Et, selon notre équipe, ce processus va se poursuivre au même rythme tout au long de l'année en venir. Nous estimons en effet que, avec la mise en place de la décote de 50% sur les dettes publiques grecques, la crise systémique globale entre dans une nouvelle phase : celle de la décote généralisée des dettes publiques occidentales et de son corollaire, la fragmentation du marché financier mondial.

Communiqué public GEAB N°59 (15 novembre 2011) : http://minu.me/5g5q

Pour Résumer (enfin si on veut appeler ce qui suit un résumé) :

--30.000 milliards USD d'actifs-fantômes d'ici le début 2013 (2) et l'accélération courant 2012 du processus de partition du marché financier mondial (3) en trois grandes zones monétaires de plus en plus déconnectées : Dollar, Euro, Yuan.
(2) Plus la crise s'aggrave, plus la quantité d'actifs-fantômes augmente. Ce processus continuera jusqu'à ce qu'on retrouve un ratio actifs financiers/actifs réels compatibles avec un fonctionnement socio-économique soutenable, probablement autour des ratios des années 1950/1970.
(3) Enclenché avec la crise de la dette grecque qui se traduit notamment par un dégagement rapide du système financier de l'Euroland hors du Dollar. Le fait que ce processus ait été initié à l'origine par Wall Street et la City pour « casser » la zone Euro ne fait qu'illustrer à nouveau d'une part l'ironie de l'Histoire ; et d'autre part le fait que lorsqu'une époque se termine, toutes les actions des acteurs du monde qui disparaît se retournent in fine contre eux.

--baisse de 30% de la devise US en 2012 (4)
(4) Même le Financial Times reconnaît désormais que le Dollar US est devenu plus fragile que l'Euro. Source : FT, 04/11/2011

--le sommet du G20 de Cannes s'est révélé être un échec flagrant puisqu'il n'a accouché d'absolument aucune mesure significative, se révélant incapable d'aborder les questions du changement de système monétaire international, de la relance de l'économie mondiale et de la réforme de la gouvernance globale.

--les décisions du sommet européen de la semaine précédant le G20 illustrent désormais de manière officielle l'émergence de l'Euroland (doté notamment de deux sommets spécifiques chaque année (7)) et affirment de facto sa primauté décisionnelle au sein de l'UE (8)
(7) Et on ne peut que constater que ce sont des décideurs du niveau européen (Mario Monti, ancien Commissaire européen, en Italie et Lucas Papademos, ancien vice-président de la BCE, en Grèce) qui, en Grèce comme en Italie, prennent les rênes du pouvoir consacrant là aussi l'intégration accélérée de la zone Euro y compris au niveau politique. Cette situation va d'ailleurs renforcer l'urgence de réformes institutionnelles démocratiques pour la gouvernance de l'Euroland car les peuples n'accepteront pas plus d'une année encore une telle évolution dont ils ne sont que les spectateurs. Il faut noter que la plupart des citoyens allemands, français, italiens, espagnols, … n'ont pas trouvé du tout aberrante la proposition de référendum grec sur les mesures anti-crises, contrairement à leurs dirigeants. Sans s'en rendre compte George Papandreou a probablement fortement stimulé l'exigence d'un futur référendum trans-Euroland sur la gouvernance de la zone Euro d'ici 2014/2015. Voir à ce sujet l'article de Franck Biancheri publié le 06/10/2011 sur le Forum Anticipolis.
(8) Le Royaume-Uni en fait directement les frais (nous y revenons dans ce GEAB) qui voit sa marginalisation confirmée et renforcée : il a perdu toute capacité d'influence sur l'Euroland. D'ailleurs, signe des temps, Nicolas Sarkozy s'est permis de violemment rabrouer David Cameron en lui disant que les dirigeants de la zone Euro en avaient assez de l'entendre donner ses conseils pour la bonne gestion de l'Euro alors qu'il est fondamentalement contre la devise européenne. Nicolas Sarkozy n'étant fort qu'avec les faibles, l'indice de « force » de Cameron est donc tombé bien bas ! Source : AlJazeera, 24/10/2011

--Les toutes prochaines semaines vont en effet rappeler au monde que c'est bien les Etats-Unis, et non pas la Grèce, qui est l'épicentre de la crise systémique globale. Dans une semaine, le 23 Novembre, la « supercommission » du Congrès en charge de réduire le déficit fédéral US devra avouer son échec à trouver les 1.500 Milliards USD d'économies sur dix ans.

--Cet échec prévisible de la « supercommission », qui ne fait que refléter la paralysie totale du système politique fédéral américain, va avoir des conséquences immédiates et très lourdes : une nouvelle série de dégradation de la note de crédit des Etats-Unis. L'agence chinoise Dagon a ouvert le feu en confirmant qu'elle allait à nouveau baisser cette note en cas d'échec de la « supercommission » (28). S&P va probablement faire baisser encore d'un cran la note US et Moody's et Fitch n'auront plus d'autres choix que de se mettre au diapason puisqu'elles avaient donné un répit jusqu'à la fin de l'année sous condition de résultats en matière de réduction du déficit public. Au passage, pour essayer de diluer l'information négative pour les Etats-Unis, il est fort probable qu'il y aura une tentative de relancer la crise de l'endettement public dans la zone Euro (29) en abaissant la note de la France pour affaiblir le Fonds Européen de Stabilisation Financière (30).
(28) Source : Guardian, 12/11/2011
(29) Même les voix les plus modérées, comme Jean-Pierre Jouyet, président de l'Autorité française des Marchés Financiers, reconnaissent désormais qu'il y a bien la guerre entre le Dollar et l'Euro. Source : JDD, 12/11/2011
(30) Cela aura pour conséquence, par ordre d'importance croissante, de réduire encore plus les perspectives électorales pour Nicolas Sakozy, d'accélérer l'intégration financière et fiscale de l'Euroland et de faire avancer l'idée d'un grand emprunt public eurolandais pour se dégager, une fois pour toutes, des marchés financiers anglo-saxons. Cette dernière option sera, selon notre équipe, mise en place d'ici le premier semestre 2013.

--Tout cela prépare une fin d'année très mouvementée sur les marchés financiers et monétaires et va entraîner des chocs violents dans les systèmes bancaires occidentaux et, au-delà, pour tous ceux qui sont détenteurs de Bons du Trésor US.
(PS : La Chine ne va pas aimer du tout…!)

--Les Etats-Unis continuent à s'enfoncer à pleine vitesse dans un endettement croissant. D'ailleurs, pour le semestre à venir, Washington prévoit d'émettre 846 Milliards USD de Bons du Trésor, soit 35% de plus que l'année dernière à la même époque (34).
(34) C'est trois fois la totalité des dettes publiques de la Grèce avant décote ! Source : ZeroHedge, 01/11/2011

 

 

Posté par bat_so à 23:37 - Économie - Commentaires [0] - Permalien [#]
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