réalité ou illusions perdues ?

08 décembre 2011

Et la crise en Grèce, quelles sont les dernières nouvelles ?

Temps du vent mauvais

Un jour de mai 2010, le Fond Monétaire International, l'œil de l'Union Européenne et la Banque centrale Européenne ont fait irruption dans notre vie quotidienne. La Troïka et les "Troïkans" modifient nos existences et nos comportements. Il y a un avant et un après. Comme lors d'une entrée en guerre ou d'une occupation. Un vent mauvais, un poison ambiant, une mise à mort de nos petites et grandes habitudes une mutation collective rapide, suspendue à la perte de nos repères. Désormais on plonge, y compris dans les quartiers chics ... dans les poubelles ....

 

1 décembre 2011

Air Paris

Mercredi matin a Athènes on se demandait si il y a grève. «Non, c'est pour demain». Elle sera générale. Ou presque. La première … papadémique. Les journalistes par contre, étaient déjà en grève. Pas d'infos au réveil. Après tout … ce n'est pas si mal. Une épouse fatiguée reprend vite son mari, l'air blasée : «C'est mieux sans nouvelles, je ne veux plus rien savoir, que des catastrophes ….». Il a aussitôt hoché sa tête compréhensif, la tristesse déjà dans les bagages. En route vers l'aéroport par le Proastiakos, sorte de RER au wagons propres et neufs. Tarification spéciale aéroport, 8 euros. Par contre ni portillon automatique, ni contrôleurs.
Notre Souris, l'hebdomadaire satirique est en kiosque ce mercredi, au lieu du jeudi, à cause de la gréve. Ses … fromages encore cette semaine sentent le politiquement pourri. Ecoeurement. Où il est question de récits de frontières sur les comptes bancaires des grecs en Suisse. En effet, dès 2005, comme vient de révéler un parlementaire helvète d'origine grec, Iossif Ziniadis lors d'une émission de télévision athénienne, les autorités confédérales avaient demandé aux gouvernants de notre Republique Banqueroutière, la signature d'un accord bilatéral, concernant le contrôle et l'imposition des comptes des hellènes en Suisse. Mais depuis, rien. Les gouvernements d'Athènes, réactualisent depuis … leurs calendes grecques … et finalement leurs virements, et les négociations ne progressent pas. Selon Iossif Ziniadis, nombreux députés grecs du PASOK (P.S.) et du parti de Nea Dimokratia (la droite), bloquent l'accord, car parmi les eux déjà, il y aurait un grand nombre de détenteurs de ces comptes, fort bien remplis. Par ce même numéro de la Souris, nous apprenons que rien que la société Siemens a versé au moins cent millions d'euros aux politiciens grecs ces dernières années en pots-de-vin, et nous ignorons, ce que d'autres lumineuses compagnies et vendeurs d'armes divers et variés,ont pu verser également. En tout cas, l'administration Merkel, se voit obligée de fermer le dossier Siemens le plus rapidement possible.
Je remarque qu'à l'aéroport, les prix ont encore augmenté. Cafés, sandwich et croissants au beurre, à à portée de la main. Mais, nombreux sont ceux; qui hésitent un long moment avant d'acheter, comme si ils achetaient un scooter. Certaines boutiques dans l'aéroport même, ont fermé, elle étaient encore là en Août de cette année. Août, c'est déjà très loin. La multinationale allemande Hochtief AG, qui gère l'aéroport d'Athènes ne semble pas en tout cas, vouloir renouveler le contrat de sa concession après 2012 selon la presse, sauve qui peut ?
J'ai pris la low cost. Le vol était plein. Des nôtres et des autres. Une maman crétoise qui emmenait son fils à Paris … pour Disney. Cadeau d'anniversaire, me dit-elle. «Encore cette année … Monsieur car après ...». De la classe encore moyenne à onze mille pieds d'altitude, apparemment c'est possible. «Vous savez Madame, il y a aussi le musée du quai Branly, un musée des arts premiers, vous ne trouverez pas en Grèce une telle muséographie, c'est pour votre fils». «Est-ce loin des Grands Magasins ?». «Très loin Madame, même trop … passez un agréable séjour à Paris».
Orly, RER B, Paris. Ticket à dix euros. Je constate qu'il y a des contrôleurs. Ils sont nombreux et assez polis et relativement plaisants. Surtout, entre eux, ils rigolent en évoquant leurs idées pour Noël prochain. Oui, à Paris c'est encore une vie normale. Certes ce n'est pas la capitale française d'il y a un moment, mais c'est n'est pas non plus notre Athènes du Mémorandum. Dans la rue, au métro, dans les cafés, les discussions rappellent les nôtres, d'avant 2010. Métro, boulot, dodo, cela nous manque tant finalement. En tout cas, l'air parisien n'est pas tant empoisonné par la mélancolie collective, comme chez nous. Gardez-le, chers amis et croyez-nous, il est précieux !
Je retrouve un ami de longue date installe à Paris depuis un moment. Il a quitté Athènes peu avant les J.O. de 2004. Ingénieur déjà assez senior dans le secteur de la construction, il a vu la bulle de l'intérieur et il a abandonné son poste en Grèce au moment où, nombreux autres surfaient sur la vague Californienne du côté d'Éleusis. Actuellement, il travaille en tant que cadre sur Paris. Deuxième grand constat, les appartements parisiens sont chauffés, je l'avais presque oublié. «Tu sais, je viens d'envoyer de l'argent à ma mère à Athènes, ainsi qu'a mon frère pour qu'ils achètent du fioul, lui en plus, il a un bébé, c'est le monde à l'envers, je sais que vous grelotez là-bas ...».
«Oh, tu sais, je crois que jusque là, Paris ou Athènes c'est le même hiver qui s'annonce, après on verra, mais il s'agit de la météo seulement, que de la météo ...».

 

7 décembre 2011

Le 52% et le dollar de Thésée

Tard dans la nuit d'hier, la majorité Papadémique a adopté le budget 2012. Sans mélodrames et encore en euros. Sur 299 députés présents, la feuille de route du banquier a obtenu 258 voix, un vrai conseil d'administration, bravo. Une simple formalité stalinienne pour les coalisés Mémorandiens, comme on surnomme souvent ce gouvernement d'opérette, orchestré par la Troïka et dirigé par le duo Merkozien avec une cacophonie, désormais si audible. Décidément, la partition du triple A perd ses notes.
 
Pendant qu'à Paris on se demande si «Sarkozy peut-il s'en remettre» (de la menace sur le triple A, Libération de ce matin), l'orchestre … du Titanic interprète péniblement à deux vagues du naufrage son Nearer, My God, to Thee, nous préparant alors à un énième Mémorandum avec les «bailleurs» de notre pays, la menace … à la clef. Ah, les Grecs, vous êtes incorrigibles, il n'y aura donc pour vous, ni canot de sauvetage, ni radeau pliable, on vous fera sauter par tribord. Le steward Président de la Commission Européenne, José Manuel Barroso, dans une interview au Die Welt (6/12/2011), ne mâche pas ses mots «au cas où la Grèce ne tiendra pas ses obligations, alors une sortie de la zone euro est à envisager».
Lorsque Jean-Paul Fitoussi (Libération 7/12/2011) s'adresse au lectorat français, pour expliquer que «ce que l'on vit est de l'ordre de la tragédie», on ne peut qu'être d'accord avec son analyse, puisque «ce qui a produit le tumulte actuel, ce n'est donc pas la trahison de Maastricht et des critères du pacte de stabilité. Ce sont les flux de capitaux spéculatifs. Ils avaient massivement investi ces pays et les ont fui (…) Plus [le traité européen] est "encadrant", et donc contraignant, plus il empêche la réaction rapide. Et comme il a, en plus, une clause qui tient du pêché originel, on fonce dans le mur. C'est la fameuse clause de non sauvetage (no bail out), qui interdit aux États unissant leur monnaie de s'entraider. Avec l'interdiction faite (par le même traité de Maastricht) de recourir à la Banque centrale européenne pour financer leurs déficits, les États ont été contraints d'emprunter sur les marchés. Résultat: ils doivent satisfaire aux critères et exigences de l'industrie financière et des agences de notation. Et les marchés punissent les États dits laxistes par des taux d'intérêts élevés sur leurs emprunts...».
 
Eh bien, nous, nous avons une petite précision à apporter à cette analyse. La punition de notre État, dit même primo-laxiste, par des taux d'intérêts élevés sur ses emprunts, est inscrite dans le budget … savamment établi par les marchés et les banques. L'hebdomadaire politique grec Epikaira, dans son édition électronique d'hier, détaille les chiffres du budget 2012. Sur 170 milliards d'euros de dépenses, 88,5 milliards, serviront à payer des intérêts et autres agios aux marchés, ces figures désormais très connues du bestiaire thérianthropique de la finance mondiale, tandis que les prévisions sur les recettes de notre para-État, s'effectuent suivant une assiette fiscale, estimée à 54,7 milliards d'euros. Donc, 52% du budget 2012 devient du pur jus pour les escrocs mondiaux (intérêts et agios et non pas remboursement du capital), voilà en somme, la pierre philosophale du nouveau système de gouvernance dictatoriale en Europe. Ni plus, ni moins. L'éditorialiste de Epikaira, compare alors la faillite de la Grèce en 1932, avec la situation actuelle. En 1932, l'État a été contraint d'annoncer officiellement le défaut, lorsque 43% du budget, servait à payer des intérêts et autres agios aux marchés de l'époque (pour la Grèce les créanciers étaient d'abord les banques britanniques).
 
2012 comme 1932 ? En Grèce en tout cas, nous discutons beaucoup sur ces chiffres. Plutôt mourir de faim que se nourrir de propagande, nous avons au moins atteint un niveau ... master, quant à la pédagogie économique. La moitie de notre population active étant au chômage, nous devenons même dignement autodidactes. A Paris, les gens discutent, évoquant encore leurs parcours au travail, les promotions et les salaires. Mais qui connait-t-il vraiment, le pourcentage du budget 2012 de la République, destiné à honorer les intérêts et encore autres agios, liés à l'endettement de la France ? Monsieur Fitoussi sans doute, Madame Merkel également je suppose, et pour cause.
 
Nous vivons, il est indéniable, dans l'hologramme d'un mythe dé-fondateur. L'euro, les notations, les marchés. Sauf que sa géopolitique semble bien réelle. L'Allemagne, la France, les États-Unis et en surplomb, la main invisible de la Chine.
 
Ces derniers jours, toute une série d'éditos, dévoilent un (supposé) nouveau plan de «sauvetage» du pays, (Epikaira 2/12/2011, en premier). Le rédacteur en économie Kalarrytis et l'économiste Vatikiotis qui signent cet article, se disent informés des intentions du gouvernement des États-Unis et de la FED (Federal Reserve), d'instaurer de façon directe, la liaison («pegging»), des nouvelles monnaies nationales en Europe avec le dollar étasunien:
 
«Ayant diagnostiqué le choc des nations européennes face à la perspective d'une Europe unie sous l'impulsion de l'Allemagne, de l'autre côté de l'Atlantique, après avoir lancé des appels à l'action pour remédier à la crise, on se dit qu'il faut désormais préparer des projets de pénétration dans la zone euro par dollar lui-même. L'entrée au FMI pour «sauver» l'euro par la crise grecque a été une première étape importante. La prochaine tentative, sera le remplacement pur et simple de l'euro par le dollar, ce dernier devenant alors monnaie nationale pour les États membres qui pourraient sortir de la zone euro, désormais en état d'effondrement. Et comme pour l'entrée du FMI dans les affaires de la zone euro, on commencera encore une fois par la Grèce. Les éléments sur lesquels se base ce projet sont pertinents; car il s'agit d'un projet élaboré par un groupe de travail des chercheurs en économie qui l'a développé, le mettant ensuite à la disposition du Département de la politique monétaire et de la Banque centrale américaine (FED). La taille du projet atteint 74000 mots, et il a été préparé par diverses universités et instituts de l'économie aux États-Unis » (Epikaira). 
Info ou alors Intox ?  On aura tout vu. Face au Minotaure euro, voilà le dollar, en Thésée de la délivrance. En tout cas, les scenarii sur une sortie éminente ou possible de la Grèce de la zone euro se multiplient. A tel point que les banques d'affaires et les entreprises en Grèce et ailleurs y préparent leurs systèmes informatiques. Et cette fois-ci c'est bien du concret, si on croit les cadres de ces entreprises se confiant aux journalistes grecs (quotidien Kathimerini, 6/12/2011).
 
Et puisque selon le P.S., «la "règle d'or" allemande n'est pas celle de la France» (Le Monde, 6/12/2011), on peut pour l'instant savourer tranquillement un café, place de la Bastille, au même prix qu'à deux pas de l'ancien palais du roi Minos en Crète.
 
Minos, fils de Zeus et d'Europe certes, mais attention au mythe américain et au théâtre d'ombres chinoises ! Pauvre Ariane ...

 

Témoignage Dimitri Assemblée Citoyenne Grabels

 


Pour rappel :


Documentaire de 75 minutes sous titré en Français, espagnol et anglais (Pensez à activer les sous titres : cliquez sur [CC])

« Debtocracie » dixit "LA GOUVERNANCE PAR LA DETTE" évoque les causes et les solutions prônées par la classe politique pour faire face à la dette. Une mise à plat des solutions et des analyses alternatives pour régler le problème systémique de l'endettement, principale cause des mobilisations de ces dernières semaines - comme de celles à venir...
A l'heure où les grecs et les espagnols se révoltent contre l'austérité, les français sont priés de soutenir le visage gras du FMI qui est l'instrument de cette « cure d'amaigrissement » drastique imposée aux nations. L'arme de la dette, et son corollaire l'austérité, sont illustrés et analysés dans ce documentaire grec sur les ravages des politiques mondialistes tout en évoquant les alternatives.

Debtocracie

 


Commentaires

Poster un commentaire