réalité ou illusions perdues ?

05 février 2012

Quelles sont les réponses de Dmitry Orlov ?

Un entretien avec Dmitry Orlov


Dmitry Orlov est né à Leningrad et a immigré aux États-Unis à l'âge de douze ans. Il a été témoin de l'effondrement soviétique lors de plusieurs visites prolongées sur sa terre natale russe entre la fin des années 1980 et le milieu des années 1990. Il est ingénieur et a contribué à des champs aussi variés que la physique des hautes énergies et la sécurité informatique. Récemment Dmitry s'est mis a expérimenter un mode de vie autonome et l'usage des énergies renouvelables en abandonnant sa maison et sa voiture. À leur place, il vit sur un voilier, naviguant le long de la côte Est, et va au travail en bicyclette. Dmitry croit que, avec une technologie appropriée, nous pouvons grandement réduire notre consommation personnelle de ressources tout en restant parfaitement civilisés. Il est aussi un théoricien majeur du pic pétrolier dont les travaux ont été publiés sur des sites tels que Life After the Oil Crash et Power Switch.

Par Dmitry Orlov & Tancrède Bastié

15 décembre 2011

 

J'ai découvert les textes de Dmitry Orlov — comme la plupart des bonnes choses sur l'internet — en laissant le hasard et la curiosité me guider de lien en lien. Ce fut l'un de ces moments éclairants où un grand nombre de questions confuses trouvent leur réponse en même temps que leur formulation correcte. Par exemple, l'existence de similitudes fondamentales entre l'Union soviétique et les États-Unis était pour moi une vague intuition, mais j'aurais été incapable d'en dresser la liste détaillée comme le fait Dmitry. Il faut avoir vécu dans les deux empires croulants pour cela.

Je dois dire que mon enthousiasme fut peu partagé par mon entourage, à qui je donnais à relire les traductions. C'est bien naturel : qui a envie de s'entendre expliquer comment notre monde de confort matériel, d'opportunités individuelles et de progrès irrésistible s'apprête à s'écrouler sous le poids de sa propre expansion ? Certainement pas les générations de l'après-guerre, élevées dans la croissance pétulante des Trente Glorieuses (1945-1973), bien installées dans leur existence de consommateurs moyens depuis les années 1980, et désireuses de profiter d'une vieillesse hédonique en se persuadant que, malgré les tragédies économiques ravageant la société autour d'eux, leurs petits-enfants bénéficieront plus ou moins du même mode de vie moelleusement industrialisé. La génération de leurs enfants est davantage réceptive à la notion de déclin économique — à des degrés variables cependant, en fonction de la décroissance de leur propre pouvoir d'achat et du niveau d'accablement quotidien de leur emploi (quand ils en ont un).

On aurait tort de caillasser le messager qui apporte un message sinistre. Si vous lisez attentivement les propos de Dmitry, en séparant scrupuleusement les mauvaises nouvelles factuelles et indépendantes de sa volonté de ses opinions sur ce que l'on peut faire pour survivre et vivre dans un monde post-industriel, vous remarquerez qu'il fait preuve d'un solide optimisme. J'espère qu'il a raison sur ce point.

Quelle que soit notre opinion sur le pic pétrolier et ses conséquences — où notre inappétence pour les prophéties angoissantes — nous pouvons trouver chez Dmitry Orlov des idées fraîches sur la façon de conduire notre existence dans un environnement économique et politique dégradé, sur les raisons de nouer des relations moins qu'électives mais fructueuses avec nos semblables, ou sur l'attitude la plus efficace devant l'exaspérant caquetage politico-médiatique et le susurrement mielleux de la propagande commerciale (hausser les épaules, tourner le dos et vaquer à sa vie réelle).

Tancrède Bastié
 

Quelle différence voyez-vous entre l'avenir de l'Amérique et celui de l'Europe ?

Les pays d'Europe sont des entités historiques qui gardent encore des vestiges d'allégeance par delà le domaine monétisé, commercial, tandis que les États-Unis ont commencé comme une entité commerciale, basée sur une révolution qui était essentiellement une révolte fiscale et donc n'avait pas de position de repli. La population européenne est moins instable qu'en Amérique, avec un plus fort sens de l'appartenance régionale, et elle est plus susceptible d'avoir des relations avec ses voisins, de pouvoir trouver un langage commun et de trouver des solutions aux difficultés communes.

La plus grande différence probablement, et la plus prometteuse pour une discussion fructueuse, est dans le domaine de la politique locale. La vie politique européenne est peut-être endommagée par la politique de l'argent(1) et le libéralisme de marché, mais au contraire des États-Unis, elle ne semble pas en complète mort cérébrale. Du moins j'espère qu'elle n'est pas complètement morte ; l'air chaud sortant de Bruxelles est souvent indistinguable de la vapeur dissipée par Washington, mais de meilleures choses pourraient se produire au niveau local. En Europe il reste quelque chose comme un spectre politique, la contestation n'est pas entièrement futile, et la révolte n'est pas entièrement suicidaire. En somme, le paysage politique européen peut offrir beaucoup plus de possibilités de relocalisation, de démonétisation des relations humaines, de dévolution à des institutions et des systèmes de subsistance plus locaux, que les États-Unis.

L'effondrement américain retardera-t-il l'effondrement européen ou l'accélérera-t-il ?

Il y a de nombreuses incertitudes sur la façon dont les événements pourraient se dérouler, mais l'Europe est au moins deux fois plus capable de traverser le prochain choc pétrolier prévu que les États-Unis. Une fois que la demande pétrolière aux États-Unis s'effondrera à la suite d'un écrasement dur, l'Europe aura pour un moment, peut-être pour aussi longtemps qu'une décennie, les ressources pétrolières dont elle a besoin, avant que l'épuisement des ressources rattrape la demande.

La proximité relative des grandes réserves de gaz naturel d'Eurasie devrait aussi s'avérer une garantie majeure contre les perturbations, en dépit de la politique toxique autour des pipelines(2). La soudaine fin prévue du dollar sera sans aucun doute économiquement perturbatrice, mais à terme légèrement plus long l'effondrement du système dollar arrêtera l'hémorragie des épargnes mondiales vers la dette à risque et l'exorbitante consommation américaines. Cela devrait doper les fortunes des pays de la zone euro et aussi donner de l'espace pour respirer aux pays les plus pauvres du monde.

Comment l'Europe se compare-t-elle aux États-Unis et à l'ex-Union soviétique, en matière d'effondrement ?

L'Europe est en avance sur les États-Unis dans toutes les catégories clef du retard d'effondrement(3), telles que le logement, le transport, la nourriture, la médecine, l'éducation et la sécurité. Dans tous ces domaines, il y a au moins un système d'assistance public et certains éléments de résilience locale. La façon dont l'expérience subjective de l'effondrement se comparera à ce qui s'est produit en Union soviétique est quelque chose à laquelle nous allons tous devoir penser après coup. L'une des différences majeures est que l'effondrement de l'Union soviétique a été suivi d'une vague de privatisations corrompue et même criminelle, et d'une libéralisation économique, ce qui était comme d'avoir un tremblement de terre suivi d'un incendie criminel, alors que je ne vois aucun nouveau système économique horrible à l'horizon qui soit prêt à être imposé à l'Europe au moment où elle trébuchera. D'un autre côté, les restes de socialisme qui ont été si utiles après l'effondrement soviétique sont bien plus érodés en Europe grâce à la récente vague d'expérimentations ratées de libéralisation des marchés.

Comment le pic pétrolier interagit-il avec le pic du gaz naturel et du charbon ? Devons-nous nous préoccuper des autres pics ?

Les divers carburants fossiles ne sont pas interchangeables. Le pétrole fournit la majorité des carburants de transport, sans lesquels le commerce dans les économies développées s'arrête. Le charbon est important pour fournir la charge électrique de base dans de nombreux pays (pas en France, où l'on dépend du nucléaire). Le gaz naturel (le méthane) fournit l'azote des fertilisants pour l'agriculture industrielle, et fournit aussi l'énergie thermique pour le chauffage domestique, la cuisine et de nombreux procédés de fabrication.

Toutes ces ressources ont passé leur pic dans la plupart des pays, et approchent de leur pic global ou l'ont passé.

Environ un quart du pétrole total est toujours produit par une poignée de champs pétrolifères super-géants qui ont été découverts il y a plusieurs décennies. Les vies productives de ces champs ont été étendues par des techniques de forage intercalaire et d'injection d'eau. Ces techniques permettent d'épuiser la ressource plus complètement et plus vite, résultant en un déclin plus prononcé : le pétrole se change en eau, lentement d'abord, puis tout d'un coup. Le champ super-géant de Cantarell dans le golfe du Mexique est un bon exemple d'un tel épuisement rapide, et le Mexique ne restera pas exportateur de pétrole encore de nombreuses années. L'Arabie Saoudite, le deuxième producteur de pétrole derrière la Russie, est très secrète sur ses champs, mais il est révélateur qu'elle ait réduit le développement des champs pétroliers et investit dans la technologie solaire.

Bien qu'il y ait actuellement une tentative de représenter les nouvelles (en réalité, pas si nouvelles) techniques de fracturation hydraulique et de forage horizontal pour produire du gaz naturel à partir de formations géologiques, telles que le schiste, qui étaient précédemment considérées comme insuffisamment poreuses, il s'agit, en réalité, d'un jeu financier. L'effort est trop coûteux à la fois en terme de conditions techniques et de dommages environnementaux pour être rentable, à moins que le prix du gaz naturel s'élève jusqu'au point où il commence à causer des dégâts économiques, ce qui réprime la demande.

Le charbon était auparavant considéré comme très abondant, avec des centaines d'années de réserves au niveau actuel. Cependant, ces estimations ont été revues ces dernières années, et il semble que le plus grand producteur de charbon au monde, la Chine, soit très proche de son pic. Puisque c'est le charbon qui a directement alimenté la récente poussée de croissance économique chinoise, cela implique que la croissance économique chinoise touche à sa fin, avec de sévères dislocations économiques, sociales et politiques à suivre. Les États-Unis dépendent du charbon pour près de la moitié de leur génération d'électricité, et sont de même incapables d'accroître l'utilisation de cette ressource. La plus grande partie de l'anthracite énergétiquement dense a été épuisée aux États-Unis, et ce qui est produit maintenant, par des techniques environnementalement destructrices tels que le rasage de montagne(4), est d'une bien moindre qualité. Le charbon se transforme lentement en terre. À un certain point dans le temps, le charbon cessera de fournir un gain d'énergie : le miner, le concasser et le transporter jusqu'à une centrale deviendra une perte nette d'énergie.

Il est essentiel d'apprécier le fait que c'est le pétrole, et les carburants de transport que l'on en tire, qui permet tous les autres types d'activités économiques. Sans le diesel pour les locomotives, le charbon ne peut être transporté jusqu'aux centrales électriques, le réseau électrique s'éteint, et toutes les activités économiques s'arrêtent. Il est aussi essentiel de comprendre que même de petites insuffisances de disponibilité des carburants de transport ont des répercussions économiques sévères. Ces effets sont exacerbés par le fait que c'est la croissance économique, non la décroissance(5) économique (qui semble inévitable, étant donné les facteurs décrits ci-dessus) qui forme la base de toute la planification économique et industrielle. Les économies industrielles modernes, au niveau financier, politique et technologique, ne sont pas conçues pour une contraction, ou même pour un état stable. Par conséquent, une crise pétrolière mineure (telle que l'augmentation régulière récente du prix du pétrole ponctuée par de sévères hausses) résulte en une calamité socio-politique.

Enfin, il vaut d'être mentionné que les carburants fossiles sont réellement utiles seulement dans le contexte d'une économie industrielle capable de les utiliser. Une économie industrielle dans une état avancé de déclin et d'effondrement ne peut ni produire ni utiliser les vastes quantités de carburants fossiles qui sont brûlés quotidiennement. Il n'y a pas de méthode connue pour réduire l'industrie à une taille artisanale, pour ne servir que les besoins de l'élite, ou pour maintenir en vie en l'absence d'industrie des institutions sociales, financières et politiques qui ont coévolué avec l'industrie. Il vaut aussi d'être souligné que l'utilisation de carburant fossile fut très étroitement corrélée avec la taille de la population humaine sur la pente ascendante, et qu'elle le restera vraisemblablement sur la pente descendante. Par conséquent, il n'est peut-être pas nécessaire de regarder bien loin derrière le pic global de la production de pétrole pour voir des perturbations majeures de l'industrie globale, ce qui rendra les autres carburants fossiles hors de propos.

Comment va la Russie post-effondrement(6) ? Prête pour son second pic(7) ?

La Russie demeure le plus grand producteur de pétrole au monde. Bien qu'elle ait été incapable d'accroître sa production de pétrole conventionnel, elle a récemment affirmé pouvoir doubler sa dotation en forant au large, dans l'Arctique en train de fondre. La Russie est et demeure le second atout énergétique de l'Europe. En dépit de la politique toxique des pipelines (à laquelle il a été quelque peu remédié récemment par la construction du gazoduc Nord Stream(8) à travers la Baltique) elle est historiquement le fournisseur d'énergie européen le plus fiable, et montre toutes les intentions de le rester dans l'avenir.

Peut-on espérer un déclin européen sain et sauf, ou toute société industrielle est-elle condamnée à s'effondrer d'un coup quand le carburant est épuisé ?

La sévérité de l'effondrement dépendra de la vitesse à laquelle les sociétés pourront réduire leur utilisation d'énergie, restreindre leur dépendance de l'industrie, produire leur propre nourriture, revenir à des méthodes de production manuelles pour subvenir à leurs besoins immédiats, et ainsi de suite. Il faut s'attendre à ce que les grandes villes et les centres industriels se dépeuplent le plus vite. D'un autre côté, les zones rurales éloignées et isolées n'auront pas les ressources locales pour redémarrer en mode post-industriel. Mais il y a de l'espoir pour les villes petites à moyennes entourées de terre arable et ayant accès à un cours d'eau. Pour voir ce qui permettra de survivre, on a besoin de regarder les schémas d'implantation antiques et médiévaux, en ignorant les lieux qui se sont surdéveloppés durant l'ère industrielle. Ce sont les lieux où emménager, pour se sortir des événements qui approchent.

Ma grand-mère me racontait que pendant l'occupation allemande les citadins affluaient dans sa campagne les dimanches, avec des valises vides, désireux de négocier de la nourriture avec les paysans avant de sauter dans le train du retour. Y a-t-il des avantages à vivre en ville, dans une époque post-effondrement, plutôt qu'à la campagne ?

Survivre à la campagne nécessite une autre mentalité, et un autre ensemble de capacités que survivre dans une ville ou une métropole. Certainement, la plupart de nos contemporains, qui passent leurs journées à manipuler des symboles et s'attendent à être nourris pour cela, ne survivraient pas livrés à eux-mêmes, à la campagne. D'un autre côté, même ceux qui vivent à la campagne manquent actuellement d'une bonne part du savoir-faire qu'ils avaient autrefois pour survivre sans fournitures industrielles, et manquent de ressources pour le reconstituer dans une crise. Il pourrait y avoir une collaboration fructueuse entre eux, avec suffisamment de convergence et de préparation.

Peut-on cultiver suffisamment de nourriture avec des méthodes de basse technologie et de basse énergie à partir de terre agricole hautement épuisée et hautement polluée ? Il semble que nous pourrions finir dans une situation agricole pire que celle de nos ancêtres il y a deux ou trois générations.

C'est certainement vrai. Ajoutons le réchauffement climatique, qui cause déjà une sévère érosion des sols due aux pluies torrentielles et aux inondations, des sécheresses et des vagues de chaleur dans d'autres régions. Il est vraisemblable que l'agriculture telle qu'elle a existé durant les dix derniers millénaires va devenir inefficace dans de nombreuses régions. Cependant, il y a d'autres techniques pour cultiver de la nourriture, qui impliquent de créer des écosystèmes stables consistant en plusieurs espèces de plantes et d'animaux, y compris les humains, vivant ensemble en synergie. Ce qui sera abandonné par nécessité est le système actuel, où les fertilisants et les pesticides sont répandus sur la terre labourée (plutôt que sur le sol vivant) pour tuer tout les organismes sauf un (la culture de rapport(9)) qui est ensuite récoltée mécaniquement, transformée, ingérée, excrétée et rejetée dans l'océan. Ce système rencontre déjà une limite dure dans la disponibilité du phosphate fertilisant. Mais il est possible de créer des systèmes en cycle fermé, où les nutriments restent sur la terre et peuvent s'accumuler dans le temps. La clef de la survie humaine post-industrielle, il s'avère, est de bien utiliser les excréments humains et l'urine.

Si les métropoles et les grandes villes survivent à l'effondrement, quelles seront leurs principales activités ? Pourquoi avons-nous besoin des villes ?

La taille des villes et des métropoles est proportionnelle aux surplus que la campagne est capable de produire. Ce surplus est devenu gigantesque durant la période de développement industriel, où un ou deux pour cent de la population était capable de nourrir le reste. Dans un monde post-industriel, où les deux tiers de la population sont directement impliqués dans la culture ou la cueillette de nourriture, il y aura beaucoup moins de gens qui seront capables de vivre des surplus agricoles. Les activités qui sont typiquement centralisées sont celles qui ont à voir avec le transport à longue distance (les ports de voiliers) et la fabrication (moulins et manufactures fonctionnant par des roues à aubes). Certains centres d'apprentissage pourraient aussi demeurer, bien qu'une grande part de l'éducation supérieure contemporaine, qui implique de former des jeunes gens à des occupations qui n'existeront plus, soit sûre d'être abandonnée sur le bord de la route.

Certains Américains voient le pic pétrolier et l'effondrement comme une autre opportunité d'investissement. Vous avez déjà écrit sur les chimères de la foi en l'argent. Cela nous laisse une question plus utile : que peut-on faire de ses économies pendant ou de préférence avant l'effondrement ? Que peut-on acheter qui soit réellement utile ? Je suppose que la réponse varie grandement selon la quantité d'argent que l'on a encore.

C'est une question très importante. Tant qu'il reste du temps, l'argent devrait être converti en marchandises qui resteront utiles même après que la base industrielle a disparu. Ces marchandises peuvent être stockées dans des conteneurs et ont l'assurance de perdre leur valeur plus lentement que n'importe quel actif de papier. Un exemple est les outils à main pour accomplir du travail manuel, pour fournir les services essentiels qui sont actuellement accomplis part le travail mécanisé. Un autre est les matériaux qui seront nécessaires pour ranimer des services post-industriels essentiels tels que le transport à voile : les matériaux tels que le cordage et la voile en fibre synthétique doivent être stockés à l'avance pour faciliter la transition.

Vous ne mentionnez pas la terre arable ou le logement. Pensez-vous qu'un certain type de propriété immobilière puisse s'avérer un bien de valeur après l'effondrement — en supposant que l'on puisse l'acquérir sans se noyer dans l'endettement — ou est-ce trop d'assujettissement financier et fiscal avant l'effondrement pour être d'aucune utilité ?

Les lois et coutumes qui gouvernent l'immobilier ne sont pas utiles ou propices au bon type de changement. À mesure que l'âge de l'agriculture mécanisée s'achèvera, nous devrions nous attendre à ce qu'il y ait de grandes étendues de terre en jachère. Qui les possède, sur le papier, importera peu puisque le propriétaire ne sera vraisemblablement pas capable de faire un usage productif de grands champs sans travail mécanisé. D'autres modes d'occupation du paysage devront émerger, par nécessité, tels que de petites parcelles entretenues par des familles, pour la subsistance. Les propriétaires forains — ceux qui détiennent les titres de propriétés de la terre sans réellement y résider physiquement mais en l'utilisant comme un actif financier — en seront vraisemblablement chassés une fois que les amplificateurs financiers et mécaniques de leur faible énergie physique ne seront plus à leur disposition. Je m'attends à encore plusieurs décennies d'efforts infructueux à faire pousser des cultures de rapport sur une terre de plus en plus épuisée en utilisant des techniques agricoles mécaniques et chimiques de plus en plus inabordables et aléatoires. Ces efforts mèneront de plus en plus à l'échec en raison des perturbations climatiques, causant des hausses du prix de la nourriture et privant les populations de leurs économies en une spirale descendante. Les nouveaux modes de subsistance à partir de la terre mettront du temps à émerger, mais ce processus peut être accéléré par les gens qui mutualiseront les ressources, et achèteront, loueront ou simplement occuperont de petites parcelles de terre, et pratiqueront les techniques de permaculture(10). Les jardins communautaires, les efforts deguérilla jardinière(11), la plantation de comestibles sauvages en utilisant des boulettes de semence(12), des campements saisonniers et d'autres arrangements humbles et rudimentaires peuvent ouvrir la voie vers quelque chose de plus grand, permettant à des groupes de gens d'éviter le scénario le plus sombre.

Comment peut-on se préparer à l'effondrement ou au déclin sans perdre les connections avec son environnement social actuel, ses amis, ses proches, son travail ou ses clients, et tout ce qui fonctionne encore normalement autour de soi ? C'est une question autant psychologique que pratique.

C'est peut-être la question la plus difficile. Le niveau d'aliénation dans les sociétés développées industrielles, en Europe, aux États-Unis et ailleurs, est tout à fait stupéfiant. Les gens ne sont capables de former des amitiés durables qu'à l'école, et sont incapables de se rapprocher par la suite, à l'exception possible des relations sentimentales, qui sont souvent fugaces. À partir d'un certain âge les gens se figent dans leurs habitudes, développent les manières spécifiques de leur classe, et leurs interactions avec autrui deviennent étudiées, et limitées aux interactions commerciales socialement autorisées. Une transition profonde et fondamentale, telle que celle dont nous discutons, est impossible sans la capacité d'improviser, d'être flexible — d'être effectivement capable d'abandonner qui l'on a été et de changer qui l'on est en faveur de ce que le moment exige. Paradoxalement, ce sont habituellement les jeunes et les vieux, qui n'ont rien a perdre, qui s'en sortent le mieux, et ce sont les gagnants, les gens productifs entre trente et soixante ans qui s'en sortent le plus mal. Il faut un certain détachement de tout ce qui est abstrait et impersonnel, et une approche personnelle de chacun autour de soi, pour naviguer dans le nouveau paysage


Notes :

1. Dans le texte : money politics, la politique menée sous l'influence des groupes d'intérêts riches, par opposition à electoral politics, la politique résultant en principe du processus électoral.

2. La Russie a montré, en 2009, sa capacité d'imposer ses conditions à ses clients européens et aux pays transitaires (en l'occurrence l'Ukraine) en fermant simplement le robinet du gaz.

3. Si vous n'êtes pas familiarisé avec la notion de retard d'effondrement, ne manquez pas de lire : Combler le retard d'effondrement.

4. Dans le texte : mountaintop removal, une méthode d'exploitation minière en surface utilisant abondamment les explosifs.

5. En français dans le texte.

6. Dans un entretien avec Lindsay Curren (No shirt, no shoes, no problem), Dmitry décrivait la Russie contemporaine ainsi :
La Russie est maintenant un pays assez étrange d'une manière stable, en quelque sorte. Par stable je veux dire qu'elle tiendra encore quelques décennies au moins, parce qu'elle est si riche en énergie et en ressources. Pour aucune autre raison.
Je constate que la société soviétique avait certains avantages en terme de survie à l'effondrement, mais elle s'est désintégrée au cours de cet effondrement.
Ce que nous avons à présent en Russie est ce capitalisme maboul où les revenus du pétrole et du gaz naturel filtrent dans et à travers l'économie par diverses sortes de pots-de-vin, de dessous-de-table et de corruption, et gonfle cette société très urbaine, classe moyenne et prospère qui ne comprend qu'un petit pourcentage de la population totale.
Le reste du pays est en train de disparaître. Les Russes en tant que peuple sont en train de disparaître. Il y aura de moins en moins de grande villes. La campagne est grandement dévastée et vide. Et par dessus cela il y a beaucoup de désastres environnementaux qui approchent et qui pourraient faire de la production de nourriture en Russie une entreprise aussi aléatoire qu'ailleurs.
Donc la Russie, en tant que pays, est en train de se ratatiner doucement. Il n'y a plus de frontière entre la Russie et la Chine. Je pense qu'il y a des accords en préparation dans lesquels toute la partie orientale de la fédération de Russie sera finalement louée à la Chine pour divers usages. De grand morceaux le sont déjà.

7. Le pic de la production pétrolière soviétique (1988) a été suivi de l'effondrement de l'Union soviétique (1990). On peut lire à ce sujet Leçons post-soviétiques pour un siècle post-américain.

8. Le Nord Stream est un gazoduc reliant directement la Russie à l'Allemagne en contournant l'Europe de l'Est par la mer Baltique.

9. Dans le texte : cash crop.

10. La permaculture est l'art de cultiver la terre sans en épuiser la fertilité.

11. Dans le texte : guerilla gardening, une forme de militantisme consistant à jardiner des lieux publics ou délaissés.

12. Dans le texte : seedballs. Il s'agit d'un méthode d'ensemencement consistant à emballer préalablement les graines dans une boulette d'argile.

 

 


Définancialisation, Démondialisation, Relocalisation

Par Dmitry Orlov
Traduction : Jean-Christophe Godart
Version anglaise originale

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1. Bonjour. 

Le titre de cet exposé est un peu long, mais ce que je veux dire peut se résumer en termes simples : on doit tous se préparer à une vie sans beaucoup d’argent, où les produits importés sont rares et où les gens doivent subvenir à leurs propres besoins et ceux de leurs voisins immédiats. Je prendrai pour point de départ l’évolution de l’effondrement de l’économie mondiale, et vais discuter de ce qui pourrait survenir. Cela a commencé avec l’effondrement des marchés financiers l’an dernier, et il en résulte maintenant une diminution du volume du commerce international sans précédent. Ces évolutions ont aussi commencé à affecter la stabilité politique des différents pays à travers le monde. Quelques gouvernements se sont déjà effondrés, d’autres suivent peut-être le même chemin, et il ne faudra plus attendre longtemps avant que nos cartes soient redessinées radicalement.

 

2. «Développement Durable» - résumé en un mot ?

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En un mot, c’est non-durable. Alors qu’est-ce que cela signifie exactement ? Chris Clugston a récemment publié un résumé de son analyse de ce qu’il appelle «la société en sur-extension» sur le site The Oil Drum. Voici un condensé de son résumé, en chiffres ronds. Je ne veux pas jouer avec son calcul, parce que c’est la culture qui sous-tend les hypothèses que je trouve intéressantes. L’idée est que si on diminue notre empreinte écologique d’un ordre de grandeur ou plus, cela rendrait l’ensemble de l’arrangement durable, une fois de plus. C’est exprimé en termes financiers : on réduit ici le PIB des États-Unis de, par exemple, 100 000 $ par habitant et par an, à, par exemple, 10 000 $. Clugston établit une distinction entre cette réduction volontaire ou involontaire : on doit se faciliter la vie et y venir doucement, afin que personne ne soit laissé pour compte. Je trouve l’idée que les Américains réduisent volontairement leur PIB d’un facteur de 10, plutôt farfelue. On garde le même système, il suffit de fermer les 9/10 de celui-ci ? Ne serait-ce pas alors un système totalement différent ? Ce type de développement durable semble plutôt insupportable pour moi.

 

3. Mon plan

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Je tiens à offrir une alternative plus réaliste. Tout le monde devrait garder un dollar américain à but purement didactique. De cette façon, tous les Américains seront en mesure de montrer leur billet de un dollar à leurs petits-enfants, et leur dire : «Essayez de vous imaginer, ce vilain bout de papier était autrefois appelé Le Dollar Tout-Puissant !» Et leurs petits-enfants penseront sans doute qu’ils sont un peu fous, mais ils le penseraient sans doute de toute façon. Mais il ne serait pas utile pour eux de disposer de plusieurs boîtes à chaussures pleines de dollars, car alors leurs petits-enfants penseraient qu’ils sont tout à fait séniles, car aucune personne sensée ne stockerait de tels déchets.

 

4. Une alternative désagréable

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Clugston offre une alternative à la grande baisse du PIB : une baisse proportionnelle de la population. Dans ce scénario, neuf personnes sur dix meurent pour que les 10% restants puissent continuer à vivre confortablement avec 100 000 $ par an. J’ai été heureux de constater que Chris n’a pas fait la distinction entre volontaires ou involontaires dans cette partie de l’analyse, car je pense que cela aurait été d’un goût douteux. Je n’ai que trois choses à dire sur ce scénario.

Tout d’abord, l’humain n’est pas un cas particulier pour ce qui est de subir l’explosion démographique et l’extinction, et l’idée que la population humaine devrait augmenter régulièrement à l’infini est tout aussi absurde que l’idée de la croissance économique infinie sur une planète finie. La croissance exponentielle de la population humaine a suivi en parallèle la consommation accrue d’énergie fossile, et j’attends toujours un argument de poids expliquant pourquoi la population ne diminuerait pas avec ces énergies.

Deuxièmement, même si cela paraît choquant, on peut constater que la plupart des sociétés peuvent endurer une augmentation soudaine de la mortalité sans faire trop de bruit. Il y a eu une énorme hausse de la mortalité en Russie après l’effondrement soviétique, mais on ne le remarquait pas directement en dehors des morgues et crématoriums. Après quelques années, ceux qui regardaient une vieille photographie de classe réalisaient que la moitié des gens étaient morts ! Quand il s’agit de la mort, la plupart des gens prennent la chose sur eux-mêmes facilement et tranquillement. Le plus douloureux est de s’apercevoir qu’une telle chose se produit autour de vous.

Troisièmement, tout cet exercice budgétaire pour calculer combien de personnes on peut se permettre de laisser en vie est un bon moyen de montrer combien nous sommes devenus des monstres, avec notre dépendance à l’égard des statistiques et des abstractions numériques. La rupture entre les mots et les actions sur la question de la population est maintenant presque totale. La population est bien au-delà du contrôle de toute personne, et cette manière d’y penser nous mène dans la mauvaise voie. Si on ne pouvait pas contrôler à la hausse, pourquoi imaginer qu’on serait en mesure de contrôler à la baisse ? Si nos projections paraissent assez choquantes, alors on pourrait s’hypnotiser en pensant que le maintien de nos systèmes artificiels d’aide à la vie humaine à tout prix est plus important que l’examen de son effet sur le monde naturel. La question «Combien vont survivre ?» ne demande tout simplement pas qu’on y réponde.

 

5. Que se passe-t-il réellement ?

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Revenons à ce qui se passe maintenant. Il semble y avoir un large éventail d’opinions sur la façon de le qualifier, de la récession à la dépression à l’effondrement. La presse a récemment propagé quantités d’histoires de «jeunes pousses», «signes de reprise» et les économistes discutent de la date exacte de la reprise économique. Le courant dominant va de «plus tard cette année» à «l’année prochaine.» Aucun d’entre eux n’ose dire que la croissance économique mondiale pourrait s’arrêter pour de bon, ou qu’elle le serait dans un «avenir pas trop lointain» - un terme vague qui semble très en vogue.

Il semble bien qu’il se forme un consensus pour dire que la crise financière de l’an dernier a été précipitée par la flambée des prix du pétrole l’été dernier, lorsque le pétrole a brièvement atteint 147$ le baril. Pourquoi cela s’est produit semble assez évident. Comme la plupart des choses dans une économie entièrement développée, industrialisée fonctionne avec du pétrole, son achat n’est pas une option : pour un niveau donné de l’activité économique, il faut consommer une certaine quantité de pétrole, et en payer le prix tout simplement, tant que l’accès au crédit est possible, mais quand le crédit disparaît c’est soudainement la fin du jeu. François Cellier a récemment publié une analyse dans laquelle il montre que, à environ 600$ le baril, l’ensemble du PIB serait nécessaire pour payer l’énergie, ce qui ne laisserait plus d’argent à investir dans toute autre d’utilisation intéressante. A ce niveau de prix, on ne peut même pas se permettre d’en prendre livraison. En fait, à ce niveau de prix, on n’a même pas les moyens de le pomper hors du sol, car les extracteurs, sondeurs et travailleurs qui font fonctionner le puits de pétrole ne boivent pas du pétrole, et les budgets seraient vides même pour de la bière.

Et donc, la limite de prix, au-delà de laquelle aucune activité économique n’est possible, est certainement beaucoup plus basse, et l’été dernier, il semble qu’on a déterminé expérimentalement qu’elle se situe vers 150$ le baril, ce qui correspond à 6% du PIB mondial. On pourrait ne jamais tomber à court de pétrole, mais on est déjà arrivé à court d’argent permettant de l’acheter, au moins une fois, et très probablement cela se produira encore et encore, jusqu’à ce qu’on apprenne la leçon. On va aussi manquer d’argent pour l’extraire du sol. Il reste peut-être encore quelques nappes, et il restera un petit peu de pétrole pour produire des bijoux exotiques en plastique pour riches. Mais il n’en restera pas assez pour approvisionner la base industrielle, et ainsi l’ère industrielle prendra fin de fait, sauf pour certains résidus de panneaux solaires, d’éoliennes et d’installations hydroélectriques.

Je pense que la leçon à tirer de tout ceci, c’est qu’on doit se préparer à un avenir non-industriel alors qu’il reste encore des ressources pour assurer la transition. Si on mobilise les ressources, stocke les matériaux qui seront les plus utiles, et exploite les technologies héritées du passé qui peuvent être maintenues sans une base industrielle, alors on peut prolonger la transition loin dans l’avenir, en se donnant le temps de s’adapter.

 

6. Les points clés

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Je sais que je cours le risque de surestimer ces points et simplifier la situation à outrance, mais il est parfois utile de ne pas tenir compte des complexités pour faire avancer le débat. En gros, je crois que ces points sont bien réels.

  1. Le PIB mondial est fonction de la consommation de pétrole. Comme la production de pétrole baisse, ainsi en sera-t-il du PIB mondial. À un certain point, le manque d’investissement dans la production de pétrole va conduire la production bien en deçà de ce qui pourrait être possible si l’épuisement était le seul facteur limitant. L’efficacité, la conservation, les sources d’énergie renouvelables pourraient toutes avoir un certain effet, mais cela ne va pas modifier de façon matérielle cette relation. Moins de pétrole signifie une économie mondiale réduite. Pas de pétrole, une économie mondiale extrêmement réduite, pas digne de ce nom.
  2. On a eu la chance d’observer que les économies s’effondrent lorsque les dépenses de pétrole approchent les 6% du PIB mondial. Les tentatives de redressement économique vont provoquer des hausses du prix du pétrole qui vont crever ce plafond. Ces hausses seront suivies par de nouveaux krachs financiers et d’autres chutes de l’activité économique. Après chaque krach, le niveau maximal de l’activité économique nécessaire pour déclencher le prochain krach sera inférieur.
  3. Les actifs financiers ne sont utiles que si on peut les utiliser pour garantir une quantité suffisante de pétrole afin de maintenir l’économie en activité. Ils représentent la capacité de produire un certain travail et, puisque dans une société industrielle le travail est effectué par des machines industrielles qui fonctionnent avec du pétrole, moins de pétrole, c’est moins de travail. Les actifs financiers qui ont pour contrepartie la capacité industrielle exigent que la capacité industrielle soit maintenue en état de fonctionnement. Une fois qu’on ne peut plus satisfaire aux besoins d’entretien de l’infrastructure industrielle, elle se décompose rapidement et devient inutile. Dans une large mesure, la fin du pétrole signifie la fin de l’argent.

Maintenant que la réalité du Pic Pétrolier a commencé à poindre, on entend couramment que «L’âge du pétrole bon marché est terminé». Mais cela veut-il dire qu’on arrive à l’âge du pétrole cher ? Pas nécessairement. On sait maintenant (ou on devrait le savoir à présent), qu’une fois que les dépenses de pétrole atteignent 6% du PIB mondial, l’économie industrielle mondiale ralentit, et dès que cela se produit, le pétrole cesse d’être particulièrement précieux, si bien que le développement et la maintenance des capacités de production de pétrole sont limités. La prochaine fois que l’industrie tentera de refaire surface (si jamais cela se produit) elle heurtera le mur bien plus tôt et s’arrêtra à nouveau. Je doute qu’il faille plus que quelques cycles de ces coups de fouet aux marchés pour que tous les participants réalisent qu’ils ne peuvent pas obtenir suffisamment de pétrole, peu importe le prix payé, et que personne ne veut de leur argent même en échange du pétrole restant. Ceux qui en ont encore le considéreront trop précieux pour l’échanger simplement contre de l’argent. D’autre part, si les ressources énergétiques nécessaires à l’exploitation d’une économie industrielle ne sont plus disponibles, le pétrole devient un déchet toxique. En tout cas, il n’est plus question d’argent, mais d’accès direct aux ressources.

 

7. Une série d’objectifs raisonnables

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Maintenant, je m’attends à ce que beaucoup de gens trouvent cette vision trop sombre et se sentent découragés. Mais je pense que c’est tout à fait compatible avec une vision positive de l’avenir, alors permettez-moi d’essayer de l’articuler.

Tout d’abord, on a un certain contrôle. Bien qu’on ne doive pas mettre trop d’espoir dans la civilisation industrielle dans son ensemble, il y a certainement quelques bribes qu’il convient de sauver. Les actifs financiers peuvent ne pas tenir longtemps dans ce monde, mais en attendant, on peut les redéployer à bon escient pour le long terme.

Deuxièmement, on peut prendre des mesures pour se donner le temps de s’y adapter. En sachant à quoi s’attendre, on peut se préparer à le surmonter. On peut imaginer quelles options seront fermées en premier, et créer des alternatives, de sorte qu’on ne tombe pas à court d’options.

Enfin, on peut se concentrer sur ce qui est important : la préservation d’une écosphère dynamique qui prend en compte la diversité de la vie, y compris notre propre descendance. Je ne peux imaginer que peu d’options à court terme devant l’emporter sur ce point - c’est notre première priorité.

 

8. Gestion des risques financiers

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Il faudra un certain temps pour comprendre et assimiler tout cela. En attendant, on déclarera sans aucun doute qu’on a une crise financière sur le dos. On doit faire quelque chose pour sauver les banques, traiter les actifs toxiques, soutenir le crédit et ainsi de suite. Certains diront que tout cela a pour origine une erreur dans la modélisation financière, et que si on re-réglemente le secteur financier, cette situation ne se reproduira plus. Donc, pour le bien de l’argument, jetons un oeil là-dessus.

La gestion financière n’est certainement pas ma spécialité, mais, d’après ce que je comprends, cela porte surtout sur l’évaluation des risques. Et pour ce faire, les gestionnaires financiers font certaines hypothèses sur les phénomènes qu’ils cherchent à modéliser. Une hypothèse est que l’avenir ressemblera au passé. Une autre est que les divers événements négatifs sont répartis au hasard. Par exemple, si vous vendez une assurance-vie, vous avez la certitude que les gens vont mourir sur base du fait qu’ils sont nés, et vous pouvez être raisonnablement certains qu’ils ne meurent pas tous à la fois. L'instant où quelqu’un meurt est imprévisible, le moment où les gens meurent en général est aléatoire, la plupart du temps. Et voici donc le problème : le monde est imprévisible, mais on peut considérer les classes de petits événements comme aléatoires, jusqu’à ce qu’un événement plus grand survienne. Cela peut sembler un point obscur, je vais tenter d’expliquer la différence de manière graphique.

 

9. Ceci est (pseudo) aléatoire

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Voici une collection aléatoire de points multicolores. En fait, c’est pseudo-aléatoire, car c’est généré par un ordinateur, et les ordinateurs sont des créatures déterministes incapables de vrai hasard. Une source réellement aléatoire est difficile à trouver. Même de très bons générateurs de bruit aléatoire peuvent produire des artefacts d’ordre supérieur. Les petits événements sont fréquents et on peut donc les considérer comme aléatoire; les grands événements sont moins fréquents et assez imprévisibles; et certains des plus grands événements mettent fin à la carrière des statisticiens qui tentent de les modéliser, et ainsi on ne sait jamais s’ils sont aléatoires ou non. Pour un profane, c’est assez aléatoire, mais à la longue il n’y a plus de hasard et on approche du non-aléatoire.

 

10. Ceci n’est pas aléatoire, mais prévisible

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Comme ceci. Maintenant, ce n’est pas aléatoire, même pour un profane. C’est comme les dépenses de pétrole montant à 6% du PIB mondial. Ce n’était certainement pas le fruit du hasard. Mais était-ce imprévisible ? Le prix du pétrole a augmenté de plus en plus les dernières années, et les prix élevés n’ont pas provoqué beaucoup d’augmentation de l’offre, en dépit d’une hausse record du taux de forage, de l’investissement dans l’éthanol, les sables bitumineux, et ainsi de suite. Quelques bons modèles géologiques prédisent avec précision le profil de l’épuisement du pétrole pour des zones distinctes, ainsi que pour l’ensemble, avec une forte probabilité de réussite. Donc, ce n’est certainement pas le fruit du hasard, et ce n’est pas du tout imprévisible. Donc, à un niveau plus élevé, quel modèle mathématique faut-il utiliser pour modéliser avec précision l’aveuglement et l’incompréhension du monde financier et politique et des autres dirigeants et commentateurs, encore même à l’heure actuelle ? A-t-on vraiment besoin de le faire, ou faudrait-il attendre que ce beau mur de briques le fasse pour nous ? Parce que, vous le savez, les murs en briques ont beaucoup à enseigner aux gens qui refusent de reconnaître leur existence, et les murs sont très patients pour répéter la leçon aux élèves qui ne l’ont toujours pas comprise. Je suis sûr que la leçon sera apprise à la longue, mais je me demande combien de fois il faudra heurter ce mur de plein fouet avant que tout le monde ne comprenne.

 

11. Son modèle fonctionne généralement

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Celui qui devrait se heurter au mur de briques est cet homme, Myron Scholes, le prix Nobel d'économie, co-auteur de la méthode Black-Scholes de fixation des prix des produits dérivés, l’homme derrière le krach du Long Term Capital Management. Il est l’inspiration de la plus grande partie de la débâcle financière actuelle. Récemment, il a dit : «La plupart du temps, votre gestion des risques fonctionne. Pour un événement systémique tel que les chocs récents suite à la faillite de Lehman Brothers, de toute évidence, d’après les faits, le système de gestion des risques de toute banque s’avère être incomplet.» Maintenant, imaginez un ingénieur disant quelque chose du genre : «La plupart du temps, notre analyse structurelle fonctionne, mais s’il y a une forte rafale de vent, alors, pour toute structure, elle est incomplète.» Ou un ingénieur nucléaire : «Nos calculs de la puissance de l’enveloppe de confinement du réacteur nucléaire fonctionne très bien la plupart du temps. Bien entendu, s’il y a un tremblement de terre, toute enveloppe de confinement pourrait être détruite.» Dans ces autres disciplines, si vous ne connaissez pas la réponse, alors cela ne vaut pas la peine de présenter son travail, car quel serait l’intérêt ?

 

12. On aime leurs mensonges

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L’intérêt ne serait certainement pas de rassurer la population, promouvoir la confiance du public dans les ponts, les bâtiments et les réacteurs nucléaires. Mais l’économie et la finance sont différents. L’économie n’est pas directement mortelle, et les économistes n’ont jamais été en prison pour négligence criminelle ou incompétence flagrante, même si leurs théories échouent. La finance porte sur les promesses qu’on se fait les uns aux autres, et à nous-mêmes. Et si les promesses se révèlent irréalistes, alors l’économie et la finance se révèlent être des mensonges qu’on se dit les uns les autres. On veut continuer à croire ces mensonges, car on perd la face si on ne le fait pas, et les économistes sont là pour nous aider. On continue à écouter les économistes, parce qu’on aime leurs mensonges. Oui, bien sûr, l’économie se rétablira plus tard cette année, peut-être l’année prochaine. Oui, dès que l’économie redémarre, l’ensemble de ces actifs toxiques auront à nouveau de la valeur. Oui, il s’agit juste d’un problème financier, on a juste besoin de renforcer le système financier en injectant des fonds des contribuables. Ce sont tous des mensonges, mais qui nous font du bien. Ils mentent, et on boit chaque parole.

 

13. Les moyens les plus rapides de perdre tout son argent (et ne rien avoir d'utile)

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Faisons y face, ces moments sont difficiles pour ceux d’entre nous qui ont beaucoup d’argent. Que peut-on faire ? On peut le confier à une institution financière. Cela tend à mal tourner. Beaucoup de gens aux États-Unis ont confié leur épargne-retraite à des institutions financières. Et maintenant, on dit qu’ils ne peuvent retirer leur argent. Tout ce qu’ils peuvent faire, c’est ouvrir une lettre une fois par mois, voir leur épargne diminuer.

On peut aussi investir dans une partie de l’économie mondiale. Je connais certaines usines automobiles que vous pouvez acheter. Elles sont tout à fait abordables pour le moment. Un grand nombre de retraités travailleurs de l’automobile ont mis toutes leurs économies de retraite en actions de General Motors. Peut-être savent-ils quelque chose que nous ne savons pas ? (En fait, cela fait partie d’une fraude perpétrée par l’administration Obama, pour rembourser leurs amis banquiers avant les autres créanciers de GM.)

Eh bien, pourquoi pas un joli lingot l’or ou deux ? Un sac de diamants ? Certaines voitures de collection ? Ensuite, vous pourriez commencer votre propre musée des transports. Pourquoi pas un yacht de luxe classique superbement restauré ? Ensuite, vous pouvez utiliser les lingots d’or comme lest si vous décidez d’en finir en sautant par-dessus bord.

Voici une autre idée géniale : acheter des produits écologiques. Quelle que soit le produit vert que le marketing et les annonceurs vous jettent à la figure, achetez-le, jetez-le, et achetez-en un autre tout de suite. Répétez jusqu’à ce qu’ils soient à court de produits, vous êtes à court d’argent, et les décharges sont pleines de déchets verts. Cela devrait stimuler l’économie. Les études de marché montrent qu’un grand stock d’éco-culpabilité refoulée peut être exploité par les commerçants et annonceurs. Les produits industriels qui contribuent à l’environnement sont un peu un oxymore. C’est un peu comme essayer d'écoper le Titanic avec une petite cuillère.

Un autre grand débouché du moment sont les marchandises de survie. Il y a quelques sites qui proposent toutes sortes de fournitures à mettre dans votre bunker. C’est de la manipulation un peu habile, en fait. Les utilisateurs se connectent, voient que la bourse est en baisse, le pétrole en hausse, des fusils de chasse en vente, ainsi que des couteaux de chasse, et si vous ajoutez à votre panier le livre «Survivre à la débâcle financière», vous bénéficiez de la livraison gratuite. Oh, et n’oubliez pas d’y ajouter un gros paquet de haricots secs. La peur est un grand facteur de motivation, et amener les gens à acheter des biens de survie est presque un réflexe conditionné du marché, un rêve de publicitaire.

Si vous voulez aider à sauver l’environnement et vous préparer à une vie sans accès à des biens de consommation, alors cela ne semble pas une bonne idée d’acheter des biens de consommation. Mieux vaudrait ne RIEN ACHETER. Mais vous ne pouvez le faire avec de l’argent. Par contre, il y a mieux à faire avec l’argent pour le moment, si on se dépêche.

 

14. Comment perdre tout son argent (mais avoir quelque chose d'utile)

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La plupart de la richesse est dans très peu de mains privées à présent. Les gouvernements et la grande majorité de la population ont seulement des dettes. Il est important de convaincre les gens qui contrôlent toute cette richesse qu’ils ont vraiment le choix entre deux options. Ils peuvent faire confiance à leur conseillers financiers, gérer leurs portefeuilles, et finalement tout perdre. Ou ils peuvent utiliser leur richesse pour se réengager avec des gens et de la terre dans des voies nouvelles, dans ce cas, ils ont une chance de sauver quelque chose pour eux-mêmes et leurs enfants. Ils peuvent construire et lancer des canots de sauvetage, recruter l’équipage, et les faire naviguer.

Ceux qui possèdent un lot d’actifs industriels peuvent céder ces actifs avant qu’ils ne perdent de la valeur et investir dans le foncier, dans le but de les préserver, de les améliorer au fil du temps et de les utiliser de manière durable. Comme il sera difficile d’obtenir ce que vous désirez tout simplement avec de l’argent, c’est une bonne idée de prévoir de mettre en place des alternatives, de mettre des ressources, telles que les terres agricoles, à la disposition de ceux qui peuvent les mettre à profit, pour leur propre bénéfice ainsi que le vôtre. Cela a également un sens de mettre en place des stocks de denrées non périssables, des matériaux qui gardent leur utilité au travers du temps. Mon exemple préféré sont les clous en bronze. Ils durent plus de cent ans dans l’eau salée, et ils sont donc parfaits pour la construction de bateaux. La fabrication de clous en bronze est en fait un bon usage des combustibles fossiles restants - meilleur que la plupart des autres usages. Ils sont compacts et faciles à stocker.

Enfin, il semble logique de travailler à orchestrer une démolition contrôlée de l’économie mondiale. Cela demande de nouvelles compétences financières : celles d’un conseiller en désinvestissement. La première étape est une sorte de triage; on peut marquer certaines parties de l’économie à «ne pas réanimer» et réaffecter les ressources à une meilleure tâche. Un bon exemple d’une industrie qu‘il ne vaut pas la peine de ressusciter est l’industrie automobile, on n’a tout simplement pas besoin de plus de voitures. Celles qu’on a déjà feront très bien l’affaire pour autant qu’on en ait besoin. Un bon exemple d’un secteur à sauvegarder et certainement utile est la santé publique, en particulier la prévention et la lutte contre les maladies infectieuses. Pour toutes ces mesures, il est important de désinvestir des lieux géographiquement éloignés et d’investir localement. C’est peut être inefficace du point de vue financier, mais très efficace du point de vue de l’auto-protection personnelle et sociale.

 

15. Au-delà de la finance : Maîtriser d’autres types de risques

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Pour revenir un instant sur les pauvres banquiers et économistes, il semble assez hypocrite pour nous de traiter l’économie et la finance comme un cas particulier de personnes qui génèrent beaucoup de risques absolus. Connaît-on des exemples de risques qu’on a bien compris et contre lesquels on s’est prémuni à temps ? Y a t-il vraiment des problèmes systémiques sérieux qu’on a été en mesure de résoudre ? ... Le mieux qu’on semble pouvoir faire, c’est de gagner du temps. En fait, il semble que ce soit ce pourquoi on excelle - remettre à plus tard l’inévitable par un travail assidu et acharné. Aucun de nous ne veut agir précipitamment sur base de notre compréhension de ce qui se produira finalement, parce que cela peut ne pas se produire encore pendant un certain temps. Et pourquoi vouloir faire tanguer le navire en attendant ? Le seul risque qu’on semble incapable d’atténuer est le risque de ne pas trouver sa place dans le milieu économique, social et culturel. Et que nous arrive-t-il, si l’ensemble de notre milieu tangue finalement à l’extrême ? Eh bien, la façon dont nous le planifions est de ne pas y penser.

 

16. Le plus grand de tous les risques

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Le plus grand de tous les risques, à mon avis, c’est que l’économie industrielle agonise pendant quelques années encore, peut-être même une décennie ou plus, en laissant une dévastation environnementale et sociale sur son passage. Une fois qu’elle rendra enfin l’âme, elle ne laissera rien derrière elle pour permettre de repartir sur d’autres voies. Pour atténuer ce risque, nous devons concevoir des alternatives, à petite échelle, qui ne perpétuent pas ce système et qui peut fonctionner sans lui.

L’idée de perpétuer le statu quo par d’autres moyens est omniprésente, parce que beaucoup de personnes au pouvoir et d’autorités souhaitent préserver leurs positions. Et à peu près toutes les propositions que nous voyons visent à éviter l’effondrement au lieu de se concentrer sur ce qui vient après. Un premier exemple est l’incitation au développement d’énergies alternatives. Beaucoup de ces solutions ne sont en fait que des amplificateurs de combustibles fossiles et non des sources d'énergies autonomes, sans matières premières : il leur faut absolument une source d’énergie fossile. De plus, beaucoup d’entre elles nécessitent une base industrielle intacte, qui fonctionne avec des combustibles fossiles. Une rumeur se répand que ces alternatives ne sont pas déjà opérationnelles pour d’infâmes raisons : malversations de la part des compagnies pétrolières cupides et ainsi de suite. La vérité est que ces solutions de rechange ne sont pas aussi performantes, physiquement ou économiquement, que les combustibles fossiles. Voilà le vrai point à méditer : Si on n’a plus les moyens d’acheter du pétrole ou du gaz naturel, pourquoi penser qu’on peut envisager des alternatives moins puissantes et plus coûteuses ? Et voici une question : Si on n'a plus les moyens pour investir dans l’infrastructure nécessaire à l’extraction du reste de pétrole et de gaz naturel, pourquoi penser qu’on va trouver l’argent pour développer les alternatives au moins bon rapport coût-performance ?

 

17. Combien de temps reste-t-il ?

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Ce serait excellent si plus de gens réalisaient cela, et commençaient à organiser mieux leur vie de façon un peu plus durable. Mais l’inertie sociale est très grande, et le processus d’adaptation prend du temps. Et la question est, reste-il assez de temps pour qu’un grand nombre de personnes puissent le réaliser et s’y adapter, ou devra-t-on endurer beaucoup d’inconfort ?

Je crois que les gens qui commencent le processus maintenant ont une assez bonne chance de faire la transition à temps. Mais je ne pense pas qu’il est bien sage d’attendre et d’essayer de prolonger une vie confortable quelques années de plus. Non seulement ce serait une perte de temps sur le plan personnel, mais se serait un gaspillage de ressources dont on a besoin pour faire la transition.

Je concède que le choix est difficile : ou bien on attend que les circonstances nous forcent à changer, au point qu’il sera trop tard pour faire quoi que ce soit, ou on s’y prépare à l’avance. Si on pose la question, combien de personnes sont susceptibles de faire la transition ? - Alors, on pose une mauvaise question. La question pertinente est : Va-t-on s’y adapter tout seul ? Et je pense que la réponse est, probablement pas, car il y a peu de personnes qui pensent ainsi.

 

18. C’est toujours personnel

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Je pense qu’il est très important de réaliser l’immense force qu’est l’inertie sociale. J’ai constaté que de nombreuses personnes sont presque génétiquement prédisposées à ne pas vouloir comprendre ce que j’ai dit, et beaucoup d’autres le comprennent à un certain niveau, mais refusent d’agir en conséquence. Quand elles sont touchées par l’effondrement, elles le prennent personnellement ou le voient comme une question de malchance. Elles considèrent ceux qui se préparent à l’effondrement comme des excentriques; certaines peuvent même les considérer comme de dangereux subversifs. C’est d’autant plus probable pour ceux en position de pouvoir et d’autorité, car ils ne vont justement pas encourager la perspective d’un avenir où ils n’ont pas leur place.

Il y a un certain nombre de personnalités qui sont les plus susceptibles de survivre à l’effondrement sans dommages physiques ou psychologiques, et de s’adapter aux nouvelles circonstances. J’ai été en mesure de repérer certains traits communs dans les rapports de recherche des survivants d’un naufrage et d’autres calamités. Une certaine indifférence ou détachement est certainement utile, y compris l’indifférence à la souffrance. Peut-être la caractéristique la plus importante d’un survivant, plus importante que les compétences ou la préparation ou même la chance, c’est la volonté de survivre. Vient ensuite l’auto-suffisance : l’aptitude à persévérer en dépit du manque de soutien des autres. La fin de liste est déraisonnable : la simple incapacité obstinée de capituler face à des circonstances apparemment insurmontables, aux opinions contraires de ses camarades, ou même à la force.

Ceux qui ressentent le besoin de regrouper, accueillir, faire des compromis et rechercher un consensus, ont besoin de comprendre l’incroyable force d’inertie sociale. Il s’agit d’une masse inébranlable, écrasante. «Nous devons prendre en compte les intérêts de la société dans son ensemble». Traduit, cela signifie que «Nous devons faire en sorte de rester entravés par le refus ou l'incapacité des gens de faire des changements drastiques mais nécessaires ; de changer leur nature.» Le faut-il, vraiment ?

Il y a deux composantes à la nature humaine, la sociale et l’individuelle. L’individuelle est certainement la plus évoluée, et l’humanité a progressé grâce aux efforts de brillants génies solitaires et excentriques. Leurs noms sont toujours connus, précisément parce que la société n’a pas été capable d’éteindre leur éclat ou de contrecarrer leur initiative. Nos instincts sociaux sont ataviques et provoquent bien trop souvent la médiocrité et le conformisme. Nous avons évolué pour vivre en petits groupes de quelques familles, et nos expériences récentes qui ont été au-delà semblent se fonder sur les instincts grégaires qui ne sont peut-être pas spécifiquement humains. Face à l’inconnu, nous avons tendance à la panique et la débandade, et dans ces cas, les gens sont régulièrement piétinés et écrasés : un sommet de l’évolution, en effet ! Ainsi, en construisant un avenir viable, où mettre l’accent : sur les individus et les petits groupes, ou sur de plus grandes entités - des régions, des nations, l’humanité dans son ensemble ? Je crois que la réponse est évidente.

 

19. «Effondrement» ou «Transition» ?

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C’est plutôt difficile pour la plupart des gens de prendre des mesures importantes, même individuellement. C’est encore plus difficile à faire pour un couple. Je connais beaucoup de cas où une personne comprend la situation et est prête à apporter des changements majeurs dans l’organisation de vie, mais le partenaire ou le conjoint n’est pas réceptif. Si elles ont des enfants, alors cela multiplie les contraintes, parce que les adaptations qui seraient nécessaires post-effondrement paraissent une régression des conditions de vie avec une mentalité pré-effondrement. Par exemple, dans de nombreux endroits aux États-Unis, éduquer un enfant dans un lieu sans électricité, chauffage, eau courante peut être assimilé à de la maltraitance envers les enfants, et les autorités débarquent et soustraient les enfants. Si il y a des grands-parents concernés, alors les malentendus se multiplient. On peut mettre quelques espoirs dans des communautés volontaires : des groupes qui décident de faire le pas en milieu rural.

Quand il s’agit de groupes plus importants : les villes, par exemple, toute discussion sérieuse sur l’effondrement est hors de portée. Les sujets de discussion porteront sur la manière de perpétuer le système actuel par d’autres moyens : énergies renouvelables, agriculture biologique, inaugurer ou soutenir des entreprises locales, le vélo au lieu de voitures, etc. Ce ne sont certainement pas de mauvaises choses à discuter, ou à faire, mais qu’en est-il de la simplification sociale radicale qui sera nécessaire ? Et y a-t-il une raison de penser qu’il est possible d’atteindre cet objectif de simplification radicale par une série de mesures contrôlées ? N’est-ce pas un peu comme demander à une équipe de démolition de démolir un bâtiment brique par brique au lieu de la manière habituelle. A savoir, le dynamiter, le faire exploser, le raser et débarrasser les débris ?

 

20. Mieux vivre par la bureaucratie

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Beaucoup de personnes croient encore en la bonté du système et les pouvoirs magiques de la politique. Ils croient qu’un plan réellement bon peut être acceptable pour tous - c’est à dire l’ensemble de la pyramide de l’organisation internationale complexe et non viable. Ils croient qu’ils peuvent prendre tous ces bureaucrates internationaux par la main, les amener au bord de l’abîme qui marque la fin de leur carrière bureaucratique, et leur demander poliment de sauter dans le vide. Mais ne vous méprenez pas, je ne cherche pas à les arrêter. Laissez-les élaborer leurs projets brillants, quels qu’ils soient.

 

21. Approches plus simples : l’investissement

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Il y a des approches beaucoup plus simples qui sont susceptibles d’être plus efficaces. Comme la plupart des richesses sont entre des mains privées, c’est en fait aux individus de prendre des décisions très importantes. Contrairement à la bureaucratie et aux diverses organisations civiles qui manquent de fonds et sont engluées dans l’inertie sociale, les gens peuvent agir de manière décisive et de façon unilatérale. Le problème : que faire avec des actifs financiers avant qu’ils ne perdent de la valeur ? La réponse : investir dans des choses qui gardent de la valeur, même après que tous les actifs financiers soient sans valeur : les terres, les écosystèmes et les relations personnelles. La terre n’a pas besoin d’être en état naturel ou vierge. Après une vingtaine d’années, toute parcelle de terre revient à une nature sauvage et, contrairement à un désert urbain ou industriel, une région sauvage peut maintenir en vie l’homme et d’autres espèces. Elle peut nourrir une population de plantes et d’animaux, sauvages et domestiques, et même quelques humains.

Les relations humaines qui sont les plus propices à la préservation des écosystèmes sont celles qui ont elles-mêmes un lien direct et permanent avec la terre. On peut les enregistrer comme locations permanentes, héréditaires payables en récoltes durables de produits naturels. On peut également les enregistrer comme servitudes contractuelles qui fournissent la communauté en chasse traditionnelle, cueillette et droits de pêche, à condition que les droits de l’homme ne soient pas autorisés à prévaloir sur ceux des autres espèces. Je pense que la métaphore du sauvetage est pertinente ici, parce que la conduite morale qu’elle offre est claire. Que doit-il arriver dans un canot de sauvetage surchargé quand un orage éclate et qu’il devient nécessaire d’alléger la charge ? Chacun tire au sort. Ces pratiques ont été confirmées par les tribunaux, à condition que nul ne soit exempté - ni le capitaine, ni l’équipage, ni le propriétaire de la compagnie maritime. Si une personne est exemptée, la charge devient un meurtre. La durabilité, qui est nécessaire à la survie du groupe, peut avoir son prix en vie humaine, mais l’humanité a survécu à beaucoup de ces événements auparavant, sans sombrer dans la barbarie.

 

22. Le don comme principe organisateur

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Beaucoup de gens ont été tellement endoctrinés par la propagande commerciale qu’ils ont du mal à imaginer que tout peut être mis en oeuvre sans recourir à l’argent, les marchés, l’appât du gain, et d’autres moyens capitalistes. Et il semble utile de présenter quelques exemples de très grands succès obtenus sans recours à aucun de ces expédients.

En particulier, les logiciels Open Source, qu’on a dénommé par dérision «logiciel libre» ou «shareware», sont une grande victoire de l’économie de don sur le commerce. «Logiciel libre» n’est pas une étiquette précise, pas plus que «les nombres premiers libres» ou «les encyclopédies libres». Personne ne paie pour ces choses, mais certaines personnes sont assez stupides pour payer pour des logiciels. Le «libre» est généralement meilleur, et si vous ne l’aimez pas, vous pouvez le corriger. Gratuitement.

La recherche scientifique fonctionne sur des principes similaires. Personne ne tire directement de bénéfices de la formulation d’une théorie ou du test d’une hypothèse ou de la publication des résultats. Cela fonctionne en termes de réciprocité et de prestige - comme avec le logiciel.

D’autre part, lorsque la motivation pécuniaire prend le dessus, le résultat est médiocre. Et donc on a un logiciel cher qui est constamment défectueux. (J’ai appris que la marine britannique envisage d’utiliser un système d’exploitation de Microsoft dans leurs sous-marins nucléaires, ce qui est une nouvelle effrayante.) Les océans sont également pleins de déchets en plastique - le développement de tous ces «produits» flottant dans les océans n’aurait sûrement pas été possible sans l’appât du gain. Et ainsi de suite.

En tout, la motivation du profit échoue à motiver un comportement altruiste, parce qu’il n’est pas réciproque. Et c’est un comportement altruiste qui augmente le capital social de la société. Dans un système de dons, nous pouvons tous être endettés envers chacun, mais s’endetter nous rend tous plus riches, et non plus pauvres.

 

23. Le troc comme principe organisateur

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Les dons sont magnifiques, bien sûr, mais parfois nous voudrions quelque chose de spécifique, et sommes prêts à travailler avec d’autres pour l’obtenir, sans recours à l’argent, bien sûr. C’est là le principe de base du troc. En général, vous troquez quelque chose dont vous avez le moins d’utilité (l’une des nombreuses choses que vous pouvez offrir) contre quelque chose dont vous avez plus d’utilité (quelque chose que vous désirez).

Les économistes vous diront que le troc est inefficace, car il exige la «coïncidence des besoins» : si A veut troquer X contre Y, il ou elle doit trouver B qui veut troquer Y contre X. En réalité, la plupart de ceux que j’ai rencontrés ne veulent pas troquer X contre Y, ou Y contre X. En fait, ils veulent troquer ce qu’ils peuvent offrir contre tout un ensemble de choses qu’ils désirent.

Dans le système économique actuel, nous sommes obligés de troquer notre liberté, sous la forme de la semaine de travail obligatoire, contre quelque chose que nous ne voulons pas particulièrement, à savoir l’argent. Les choix sont limités pour ce qu’on peut faire avec cet argent : payer des impôts, les factures, acheter des biens de consommation de mauvaise qualité, et peut-être, quelques semaines de «liberté» en tant que touristes. Mais d’autres options existent.

Une option est de s’organiser en communautés pour produire les biens utiles à l’ensemble de la communauté : la nourriture, les vêtements, le logement, la sécurité, le divertissement... Tout le monde apporte sa contribution, en échange du produit final, que chacun va partager. On peut également s’organiser pour produire des biens qui peuvent être utilisés dans les échanges avec d’autres communautés : les biens d’échange qui sont une bien meilleure façon de conserver la richesse que l’argent, qui n’est, après tout, qu’une substance essentiellement inutile.

 

24. Monnaies locales/alternatives

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On discute beaucoup sur les moyens de changer la fonctionnement de l’argent, de sorte qu’il puisse servir les besoins locaux plutôt que d’être l’un des principaux outils pour l’extraction des richesses de l’économie locale. Mais on ne discute pas de la raison pour laquelle l’argent est généralement nécessaire. C’est un à priori. Certaines communautés n’ont que peu ou pas d’argent. Elles enterrent peut-être un pot de pièces quelque part dans le jardin, pour les occasions spéciales, mais n’ont pas d’argent pour l’usage quotidien.

Le manque d’argent rend certaines choses très difficiles. Par exemple : les jeux d’argent, les prêts usuraires, l’extorsion, la corruption et la fraude. Il rend également plus difficile d’amasser des richesses, ou de l’extraire d’une communauté et les transférer ailleurs commodément sous forme compacte. Lorsqu’on utilise l’argent, on cède le pouvoir à ceux qui créent de l’argent (par la création de la dette), et qui détruisent l’argent (par l’annulation de la dette). On renforce également le pouvoir de la classe des experts dans la manipulation des règles arbitraires et le calcul des abstractions plutôt que les personnes en relation directe avec le monde physique. Ce voile de la métaphore permet de masquer les niveaux de violence effroyable, par la représentation symbolique d’une simple inscription comptable. Les gens, les animaux, les écosystèmes deviennent de simples numéros sur un bout de papier. D’autre part, cette capacité de représenter les différents objets par des symboles identiques provoque beaucoup de confusion. Par exemple, j’ai entendu des gens plutôt intelligents déclarer que les fonds publics, qui ont été alloués à des institutions financières pour les faire paraître solvables, pourraient être beaucoup mieux dépensés pour l’alimentation des veuves et des orphelins. C'est une incompréhension totale que des quantités astronomiques de chiffres créés ex nihilo et transférés entre deux ordinateurs (un à la banque centrale, l’autre à une banque privée) ne puissent pas directement nourrir tout le monde, parce qu’on ne mange pas des chiffres mais de la nourriture que les banques sont incapables de créer ex nihilo.

 

25. Croyance en la science et la technologie

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Une accusation que j’ai souvent entendu est que je ne comprends pas le pouvoir de l’innovation technologique et le système de libre marché. Si je le faisais, je pourrais apparemment avoir plus de foi en un avenir où la technologie avancée balayerait nos dilemmes actuels, les remplaçant par une nouvelle vague d’éco-développement durable. Mon problème est que je ne suis pas un économiste ou un homme d’affaires : je suis un ingénieur avec une formation scientifique. Le fait que j’ai travaillé pour plusieurs start-up technologiques n’arrange rien.

Je sais à peu près le temps qu’il faut pour innover : avoir l’idée, convaincre les gens qu’il vaut la peine d’essayer, essayer, échouer à plusieurs reprises, éventuellement réussir, et arriver ensuite à la phase d’utilisation réelle. Il faut des décennies. On ne les a pas. On a déjà échoué à innover le moyen de s’en sortir.

De plus, à bien des égards, l’innovation technologique nous a fait un grand tort. Un bon exemple est l’innovation dans l’agriculture. La soi-disant «révolution verte» a permis d’augmenter les rendements des cultures en utilisant la pétrochimie, créant des générations d’agro-toxicomanes ne dépendants que d’une ou deux cultures. En Amérique du Nord, des échantillons de cheveux ont permis de déterminer que 69% de tout le carbone provient d’une seule plante : le maïs. Alors, quelle innovation technologique va-t-on imaginer pour que cette population dépendante du maïs puisse diversifier ses sources d’alimentation et apprendre à se nourrir sans utiliser la pétrochimie ?

Croire que la technologie va nous sauver est illusoire. Les efforts visant à créer des machines intelligentes ont échoué parce que les ordinateurs sont beaucoup trop difficiles à programmer, mais les humains se révèlent faciles à programmer pour les ordinateurs. Partout où je vais, je vois des gens faire appel à leurs unités d’aide mentale. Beaucoup d’entre eux ne peuvent plus fonctionner sans elles : ils ne savent où aller, à qui parler, ou même où trouver des repas sans un petit boîtier électronique qui leur dise quoi faire.

Tout ça sont de grands progrès pour le maïs et pour le iPhone, mais est-ce pour autant un progrès pour l’humanité ? J’en doute. Avons-nous vraiment envie de ne manger que du maïs et de ne regarder que des pixels, ou faut-il accorder plus d’attention à la vie ? Certains croient en l’émergence du royaume de l’intelligence en réseau - une sorte d’utopie de l’intelligence artificielle, en réseau - où les machines deviennent hyperintelligentes et résolvent tous nos problèmes. Et notre plus grand espoir serait que, en cas de besoin, les machines soient aimables pour nous et nous montrent la bonté ? Si c’est le cas, quelle raison auraient-elles de nous respecter ? Pourquoi ne voudraient-elles pas plutôt nous tuer ? Ou nous asservir. Oh, un instant, peut-être le font-elles déjà !

 

26. La nécessité d’évoluer

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Maintenant, en supposant que tout aille bien, et que nous subissions un effondrement rapide et décisif, ce qui surviendrait est la renaissance tout aussi rapide des communautés et écosystèmes locaux viables. On pourrait redouter que l’effort manque de personnel qualifié pour y parvenir.

Il est regrettable que les derniers siècles de vie réglée, et plus particulièrement du siècle dernier où la vie facile sur la base du modèle industriel, ont rendus beaucoup de gens trop mous pour endurer les difficultés et les privations que l’auto-suffisance implique souvent. Il semble très probable que ces groupes qui sont actuellement marginalisés s’en sortiraient mieux, surtout s’ils se trouvent dans des zones économiquement sous-développées et n’ont jamais perdu le contact avec la nature.

Et je ne serais pas surpris de voir ces groupes marginalisés faire un come-back. Presque tous les endroits en zone rurale ont une population capable d’utiliser les ressources locales. Ils sont la composante humaine des écosystèmes locaux, et, en tant que tels, ils méritent beaucoup plus de respect que ce qu’on leur accorde. On ne devrait pas les importuner s’ils ont des manières ou un langage rustre. Ceux qui les considèrent comme primitifs, ignorants et sans instruction seront choqués de découvrir à quel point ils peuvent apprendre d’eux.

 

27. Au-delà de la planification

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Alors, que devons-nous faire entre-temps, en attendant l’effondrement, suivi par de bonnes choses ? Il ne sert à rien de perdre votre énergie, courir de tous côtés et vieillir prématurément, alors prenez beaucoup de repos, et essayez de vivre une vie lente et mesurée. Une des façons dont la société industrielle nous domine est l’utilisation de la sirène d’usine : peu d’entre nous travaillons dans des usines, mais nous sommes encore appelés à travailler à heure fixe. Si vous pouvez éviter cela, vous aurez de l’avance. Conservez votre liberté de décider ce qu’il faut faire à chaque instant, de sorte que vous pouvez faire chaque chose au moment le plus opportun. Plus précisément, essayez de vous donner le plus d’options possibles, de sorte que si une seule chose ne semble pas fonctionner, vous pouvez passer à une autre. L’avenir est imprévisible, donc essayez de planifier de manière à être capable de changer vos plans à tout moment. Apprenez à ignorer toutes les personnes qui gagnent leur vie en vous racontant des mensonges. Remercions-les, le monde est plein de très mauvaises idées qui sont acceptées comme la sagesse conventionnelle, alors restez attentifs et tirez vos propres conclusions. Enfin, ceux qui n’ont pas le sens de l’humour vivront des temps très difficiles, et risquent de peser sur leur entourage. De plus, ils ne sont tout simplement pas si amusants. Donc, évitez les gens qui ne sont pas drôles, et recherchez ceux qui peuvent plaisanter quoi qu’il arrive.

 

Post Scriptum 

Dans mon précédent post, j’ai cité quelques chiffres de François Cellier. Pour ce faire, j’ai utilisé par inadvertance le mot «pétrole», au lieu du mot «énergie». En conséquence, j’ai mal calculé le prix approximatif du pétrole en pourcentage du PIB à partir du moment où l’économie mondiale stagne à 25% au lieu de 6%. Les chiffres précis ne sont pas pertinents pour le reste de mon argument, cependant, beaucoup de gens (qui sont apparemment calés en arithmétique, mais pas grand chose d’autre) ont décidé que c’était une raison de m’appeler de différents noms. J’ai un nom pour eux : j’aime à les appeler «les arithméticuleux». Les autres peuvent ignorer ces détails et se concentrer sur ce qui est important : redressement économique -> hausse des prix du pétrole -> krach économique. Répétez autant de fois que nécessaire pour apprendre la leçon : plus de croissance n’est plus possible.



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