réalité ou illusions perdues ?

30 novembre 2011

Paris a déjà perdu son "AAA"

Paris a déjà perdu son "AAA"

Standard et Poor's ou Moody's s'apprêteraient à dégrader la note de la France. Pour le quotidien suisse, la réputation de l'Hexagone est ternie depuis belle lurette : cela fait trente ans que les réformes auraient dû être entreprises.

29.11.2011, Frédéric Lelièvre, Le Temps

La France doit procéder à une triple réforme, de son marché du travail, de la création d'entreprise et de ses finances publiques. Identifiés depuis des décennies, les problèmes n'ont jamais été traités. L'heure des comptes tombe à un moment délicat

Pour ceux qui continuent à lui prêter des fonds, la France n'a déjà plus son "AAA". Ni Standard & Poor's ni Moody's ne lui ont encore retiré leur note maximale. Cependant, tout autant que l'écart croissant avec l'Allemagne, la hausse des taux d'intérêt que la France doit payer pour financer sa dette atteste la confiance faiblissante des créanciers. Si l'Hexagone ne risque pas la faillite, sa dérive économique n'est pas sans susciter l'inquiétude.

Car les maux sont connus depuis des années, des décennies. Prenons tout d'abord l'emploi: comme l'ont reconnu moult rapports de droite et de gauche, le marché du travail dysfonctionne. Sa rigidité, en particulier, pèse sur l'embauche et conduit au chômage de masse, à un abus des contrats à durée déterminée et à l'exclusion économique des jeunes comme des seniors.

Vient ensuite la faiblesse du tissu des PME. La France compte bien de grands fleurons de l’industrie ou des services, reconnus dans le monde entier. Cependant, la plupart des créations d'emplois émane des petites entreprises. Cette situation contribue à l'accroissement des inégalités au sein de l'économie française, et au sentiment anticapitaliste (contre les multinationales jugées forcément coupables d'être grandes) qui paralyse l'esprit d'entreprise.

Enfin, comme le rappelait encore le 28 novembre l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les dépenses publiques ne cessent de déraper, quand bien même les recettes ont plutôt résisté à la crise. Ce déséquilibre met aujourd'hui en péril le modèle social français. Pour le moment, la France emprunte surtout la voie de la rigueur ; immédiate et non concertée. C'est bien ce qui inquiète l'OCDE. Si, comme cela est à prévoir, tous les pays européens tirent ensemble sur le frein de la dépense, le cercle vicieux de la récession finira par s'enclencher.

Finalement, toute la gageure tient dans des réformes jamais entreprises depuis trente ans, qu'il s'agit de promouvoir à six mois des élections présidentielles. Y renoncer reviendrait à faire le jeu des populistes, qui rejettent à tort sur l'Europe les causes du mal français.

 


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