réalité ou illusions perdues ?

30 novembre 2011

Crise et déséquilibres des balances des paiements

Jean Michel Quatrepoint Crise et déséquilibres des balances des paiements

Ajoutée par  le 23 nov. 2011

 

Xerfi Canal a reçu Jean-Michel Quatrepoint, journaliste-essayiste :
L'euro n'est pas sauvé. Loin de là. Et la crise est bien devant nous. Sans doute parce que l'on ne veut pas s'attaquer aux racines du problème . La crise, les crises, sont la conséquence directe des déséquilibres des balances des paiements au niveau mondial. Et à l'intérieur de la zone euro. Il y a désormais deux grandes catégories d'État : ceux qui accumulent, année après année, des excédents de balance des paiements, et ceux qui additionnent des déficits. Les statistiques élaborées par la Banque mondiale et le FMI sont riches d'enseignement, surtout quand on les analyse sur une assez longue période- cinq ans - de 2006 à 2010.
Premier constat - en cinq ans, les déséquilibres entre les grandes zones et à l'intérieur de certaines zones, atteignent des sommes pharaoniques. Le sud-est asiatique a accumulé plus de 2 900 milliards de dollars d'excédents, dont environ 1 700 pour la Chine et 875 pour le Japon. Ils proviennent, pour plus des deux tiers, des soldes commerciaux. Une performance d'autant plus remarquable que ces pays sont tous importateurs de matières premières, notamment énergétiques. Les autres champions de l'excédent sont précisément les pays pétroliers, qui ont accumulé, sur cinq ans, 1 700 milliards de dollars d'excédents, dont 700 pour ceux du Golfe.
Deuxième constat - Il ne suffit pas d'être un producteur de matières premières pour avoir des excédents. Surtout quand ces pays n'ont pas les bases industrielles nécessaires pour fabriquer localement.
Ainsi, le Brésil accuse un déficit de 85 milliards de dollars, Idem pour le Canada l'Australie , l'Afrique du Sud .Tous ces pays sont inondés de produits asiatiques qui pénalisent leurs producteurs locaux. Tout comme l'Inde et même la Turquie
Troisième constat - Les Etats-Unis sont les champions des déficits : 2 600 milliards de dollars sur cinq ans. Il continue de se creuser. À l'égard de la Chine, du sud-est asiatique, des pays pétroliers et aussi de l'Allemagne.
C'est la conséquence directe de la désindustrialisation américaine Si la reprise a avorté, si le chômage perdure, si la paupérisation gagne, c'est tout simplement parce que, depuis plus d'une décennie, les Etats-Unis dépensent plus qu'ils ne gagnent et que les hyper-profits de ses multinationales se sont, eux aussi, délocalisés. L'explosion de la dette publique américaine n'est que la traduction des déficits de la balance des paiements. Une dette largement financée par les excédents asiatiques et des pays pétroliers .
Et l'Europe ? Constatons d'abord qu'il y a deux Europe. Celle de l'euro et l'autre. Au sein de cette dernière, il y a un champion du déficit : le Royaume-Uni, prompt à sermonner les continentaux, mais qui a accumulé sur cinq ans, 300 milliards de déficits de sa balance des paiements. Et ce, malgré la City. C'est dire que son modèle... n'en est pas un. Pourquoi alors le pays n'est-il pas sous la pression des marchés ? D'abord, parce qu'il laisse filer sa monnaie. Ensuite, parce que la Banque d'Angleterre fait fonctionner la planche à billets. Enfin, parce qu'il y a la City et qu'elle ne va pas se tirer une balle dans le pied. Elle préfère spéculer sur l'euro, plutôt que sur la livre. Dans cette Europe des Dix, tous les ex-pays de l'Est sont déficitaires. Seuls la Suède (185 milliards) et le Danemark (49 milliards) ont enregistré, en cinq ans, des excédents.
Reste la zone euro. Prise globalement, elle n'aurait pas dû poser de problèmes. C'est du moins ce que nos élites, nous ont seriné depuis plus de quinze ans. Selon eux, les balances des paiements, à l'heure de la mondialisation et dans une même zone monétaire, n'avaient plus aucun sens. S'ils avaient été dans le vrai, il n'y aurait pas eu de crise de la dette souveraine. De fait, la zone euro est globalement équilibrée et même excédentaire . [...]
Jean-Michel Quatrepoint est conseiller auprès du président de Xerfi. Après onze ans passés au journal Le Monde, il a dirigé les rédactions de L'Agefi, de La Tribune et du Nouvel Économiste. Il a été à la tête La Lettre A pendant quinze ans. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages dont La Crise globale (Mille et une nuits, 2008) qui a reçu le Prix de l'Excellence économique 2009 et La dernière bulle (Mille et une nuits, 2009).

 


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