réalité ou illusions perdues ?

27 novembre 2011

Les inégalités de patrimoine se creusent dangereusement...

Boursier.com, le 24/11/2011 à 18h54

(Boursier.com) _ La crise a accru les inégalités de patrimoine en France... Entre 2004 et 2010, le rapport moyen entre les 10% de ménages les mieux dotés et celui des 50% les moins riches a ainsi progressé de près de 10%, montre une enquête de l'INSEE publiée jeudi.

L'institut national qui définit le patrimoine comme "l'ensemble des avoirs accumulés permettant à une personne ou à un ménage de disposer de ressources futures", note que les 10% de ménages les moins dotés (moins de 2.700 euros de patrimoine) représentent collectivement moins de 0,1% de la masse totale alors que les 10% les mieux dotés (plus de 552.300 euros de patrimoine brut) concentrent environ la moitié des avoirs...

L'étude démontre également que les disparités sont bien plus marquées en termes de patrimoine que de travail. Le patrimoine moyen détenu par les 10% de ménages les mieux placés est 205 fois plus élevé que celui des 10% les moins dotés ! "À titre de comparaison, le revenu disponible des 1 % de ménages les plus modestes est 4,2 fois moins élevé que celui des 10 % les plus aisés en 2009", fait remarquer l'institut national de la statistique...

L'étude confirme la valeur sûre de la pierre, élément principal du patrimoine (62%). Ainsi, six ménages sur dix sont propriétaires de leur résidence principale ou accédants à la propriété. Pour autant, accéder à la propriété n'est pas à la portée de tout le monde et demande... d'avoir déjà un patrimoine. "Pour accéder à la propriété, il faut présenter une situation suffisamment solide en termes de revenus et d'emploi et souvent disposer d'un apport personnel" rappelle l'INSEE. Ainsi seulement 22% des ménages faisant partie des 50 % les moins bien dotés en patrimoine sont propriétaires ou sont primo-accédants en 2010.

 

Pour continuer la lecture sur les inégalités de patrimoine en France, voici un excellent travail d'Olivier Berruyer à ce sujet :

 

Les inégalités de patrimoine en France

Les-Crises.fr, le 14 Septembre 2011

Pour terminer notre étude sur les inégalités, et comme pour les États-Unis, nous allons nous intéresser aux conséquences des inégalités de revenu : les inégalités de patrimoine.

Toutefois, comme nous attendons toujours « l’Edward Wolff » français, nous ne disposons que des statistiques de l’INSEE, limitées, et inexistantes sur les hauts patrimoines (pourtant très hétérogènes), l’étude sera donc brève.

Soulignons également qu’il semble indispensable de créer une étude détaillée des taux d’épargne et d’héritage par fractile de revenu, afin de bien faire le lien entre revenus, héritage et patrimoine, et de pouvoir réaliser des projections.

 Inégalités de patrimoine en France

Lecture : le 3ème décile des patrimoines comprend ceux situés entre 3 870 € et 15 194 €, et représente 8 357 € en moyenne. Il pèse 1 % du patrimoine total.

Ainsi en 2003 :

  • les 10 % des français les plus pauvres avaient un patrimoine total inférieur à 867 €, représentant en moyenne 354 € ;
  • 50 % des français avaient ont un patrimoine inférieur à 98 000 €, et ne possédaient que 7 %du patrimoine total ; en conséquence les 50 % les plus riches possédaient 93 % du patrimoine total ;
  • les 10 % les plus riches possédaient en moyenne plus de 382 000 €, et possédaient 46 % du patrimoine total.

Inégalités de patrimoine en France

Cette forte inégalité de répartition aboutit à un indice de Gini du patrimoine égal à 64 – mais qui reste loin de la distribution américaine.

 « Dans tous les pays, et à toutes les époques […], les “pauvres” [50 % de la population] possèdent toujours moins de 10 % du patrimoine total, et les “riches” [10 % de la population] plus de 50 %. » [Thomas Piketty, Pour une révolution fiscale]

On peut schématiser ainsi de façon plus parlante :

Inégalités de patrimoine en France

Je vous remets l’impressionnante distribution américaine pour comparer (l’étude détaillée est ici) :

Inégalités de patrimoine USA Etats-Unis

ce qui donne en comparant (cliquez pour agrandir) :

06-repartition-patrimoine-france-usa

Cela fait réfléchir, non ? 

On a donc en synthèse pour la France :

Inégalités de patrimoine en France

Ce graphique présente la répartition des revenus, du patrimoine et de la détention d’actions d’entreprises (en 1998). Par exemple, les 10 % les plus riches (en gris foncé et noir), disposent de 24 % de l’ensemble des revenus (niveaux de vie), de 46 % du patrimoine et de 84 % des actions, le pourcent le plus riche s’en adjugeant respectivement 8 %, 14 % et 52 %.

On peut enfin tracer la courbe de Lorentz (précédemment définie) des niveaux de vie et du patrimoine, permettant de bien visualiser le grand écart de distribution entre les deux :

05-courbes-de-lorentz-france

Lecture : les 60 % des français les plus pauvres gagnent 40 % des revenus du pays, mais ne possèdent que 14 % du patrimoine.

« Les économistes ont raison : le capital est du travail accumulé. Seulement, comme on ne peut pas tout faire, ce sont les uns qui travaillent et les autres qui accumulent. » [Auguste Detoeuf]

Thomas Piketty a également étudié la distribution des hauts-patrimoines dans les actifs successoraux français (vous noterez tout ce que nous lui devons en terme d’informations, je vous garantis qu’il y a très peu de choses facilement utilisables hors son travail).

Inégalités de patrimoine en France

Il apparaît ainsi que la répartition des actifs successoraux est nettement plus inégalitaire que celle du patrimoine. Comme nous l’avons vu, ceci est normal car les successions sont le reflet des patrimoines constitués plusieurs décennies auparavant. C’est en fait le reflet de la distribution du patrimoine 20 à 30 ans auparavant.

On constate qu’au niveau des successions, l’écart entre la France et les États-Unis est relativement limité au niveau du Top 2 %, et les distributions assez proches (cohérent avec la corrélation des revenus il y a 40 ans) – sauf pour le Top 0,1 %. On peut penser que la concentration du P80-98 est bien plus importante outre-Atlantique.

Par ailleurs, on observe depuis 1960 une tendance à la baisse de la part du Top 10 % en France – qui a représenté jusqu’à 85 % des actifs successoraux (donc bien plus qu’aux États-Unis aujourd’hui) vers 1910 et 1960. On constate d’ailleurs sur le graphique suivant que c’est la chute de la seule part du Top 1 % qui a permis la croissance du reste des patrimoines. La part du Bottom 90 % augmente sensiblement grâce à la baisse de la part de P95-99 depuis 1960 et de P90-95 depuis 1985.

02-part-cumulee-actif-successoral

03-evolution-part-actif-successoral

Sur le graphique précédent, on a superposé l’évolution de la part du Top 10 % pour les revenus et pour le patrimoine, avec un décalage de 25 ans. Le parallélisme est ici frappant, plus encore qu’aux États-Unis. Sur le graphique suivant figure un extrait correspondant à une vingtaine d’années, base 100 en 1943 pour les successions, et 1918 pour les revenus. On observe à quel point la chute des revenus liée à la crise des années 1930 s’est répercutée sur les patrimoines au décès vingt ans plus tard (l’espérance de vie augmentant fortement dans la période, d’une année tous les 4 ans, il est normal que la « durée moyenne » séparant les deux courbes se déforme avec le temps).

04-revenus-patrimoines

05-revenus-patrimoines-2

Enfin, le graphique suivant présente comme pour les États-Unis l’évolution des successions. On retrouve la forte chute de la part des hautes successions intervenue durant le XXe siècle. Et on note la forte diminution du taux marginal des droits de succession intervenue dans les années 1960. Comme un effet sur les patrimoines ne pourrait se voir que sur la succession des descendants, une bonne trentaine d’années plus tard, il se situe donc en dehors de la période étudiée qui cesse en 1994.

06-droits-de-succession

Il apparaît ainsi que la répartition des actifs successoraux est nettement plus inégalitaire que celle du patrimoine. Comme nous l’avons vu, ceci est normal car les successions sont le reflet des patrimoines constitués plusieurs décennies auparavant. C’est en fait le reflet de la distribution du patrimoine 20 à 30 ans auparavant.

On observe enfin la forte chute de la part des très hautes successions intervenue durant le XXe siècle.

En conclusion de cette analyse, nous pouvons retenir les faits suivants pour la France :

  • présence d’un très fort niveau d’inégalités des revenus dans les années 20, jusqu’à la seconde guerre mondiale. Une période de réduction majeure des inégalités a alors suivi (la « Grande Compression »), qui ne s’est pas arrêtée à la fin des années 1970 comme aux États-Unis.Notre pays a su conserver un système relativement égalitaire pour les revenus – même si beaucoup de pressions ont lieu actuellement pour renverser ce mouvement. En fait, contrairement aux États-Unis, la part des riches (Top 10 %) n’a que peu augmenté : ils n’ont pas phagocyté les revenus, ce qui a permis aux ménages de ne pas sombrer dans le surendettement ;
  • les quinze dernières années ont vu une nette amélioration pour les plus pauvres mais aussi pour les plus riches, au détriment des classes moyennes et aisées ;
  • la forte hausse de l’impôt sur le revenu intervenue dans la période a très certainement joué un rôle majeur dans ces évolutions positives ;
  • la répartition des patrimoines français est en revanche nettement plus inégalitaire, même si une nette amélioration est intervenue tout au long du XXe siècle. Mais le pays manque considérablement de données pour affiner cette analyse. Les deux dessins de la page suivante illustrent graphiquement ce phénomène, en représentant le patrimoine de la française la plus riche, et des 10 français les plus riches, qui détiennent à eux 11 autant que les 20 millions (30 %) des français les plus pauvres.

Ainsi, ayant évité d’entrer dans les années 1980 dans le modèle néoconservateur d’inégalités croissantes, en particulier en préservant une fiscalité élevée, la France s’est trouvée dans une situation bien plus favorable que celle des États-Unis face à la Crise.

Propositions fiscales

Vous trouverez pour conclure une série de propositions fiscales sur cette page.

Inégalités de patrimoine en France 

Inégalités de patrimoine en France

 


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